Critique de L’ Armée des Morts

L'armée des morts

Après un succès mérité en 2010 outre-Atlantique, The New Dead débarque enfin en France. Publiée par Panini Books sous le nom L’Armée des Morts, cette anthologie nous propose 19 nouvelles zombies réunies par le romancier Christopher Golden. De quoi découvrir autant de visions du zombie que d’auteurs ayant participé à l’ouvrage et bien occuper ce début d’été.

Malgré son nom assez banal, L’Armée des Morts offre un vent revigorant dans un univers qui peut parfois tourner en rond, au gré des styles et des idées totalement différents des auteurs.
Certaines histoires nous invitent ainsi à découvrir des récits d’un point de vue omniscient (Les Gosses et leurs jouets, La Porte des orages) alors que Joe Hill (fils de Stephen King) nous invite à suivre un flux Twitter (Le Cirque des Morts en 140 caractères) ou que d’autres placent un zombie dans la peau du narrateur (Second souffle, Cuivre). Au milieu de cet océan de diversité, c’est d’ailleurs cette dernière façon de conter l’histoire qui m’a le plus intrigué malgré des limites parfois rapidement atteintes. Dans Cuivre de Stephen R. Bissette, par exemple, nous suivons le récit d’un mort-vivant qui a quelques difficultés à parler et à se souvenir de son passé. Bien qu’ayant au premier abord suscité ma curiosité, ce parti pris s’avère à la longue fatiguant et affiche clairement ses limites. Le narrateur se répète sans cesse, essayant de recouvrer sa mémoire ce qui aurait vite tendance à fatiguer le lecteur si cela s’étendait au delà d’une quarantaine de pages. En revanche, Mike Carey et son Second souffle proposent une vision bien plus passionnante et détaillée grâce à son narrateur qui dévoile son plan pour combattre la putréfaction qui est train de le ronger.

l'armée des morts panini booksÀ l’image de ces différents modes de narration, cette anthologie est également une véritable galerie des différents types de zombies. Nous avons ainsi droit aux classiques de Romero qui sont démunis de sentiments mais qui gardent certaines traces de leur vie antérieure (Les Sanglots du vent, Une Affaire de famille, Piège fantôme) mais certaines nouvelles proposent des morts-vivants un peu moins traditionnels. En effet, ils sont parfois très éloignés de ce que nous avons l’habitude de voir ; dans La porte des orages, un corps revient à la vie suite à une possession démoniaque, Wellington et son CPM permettent de rencontrer des morts proches de robots car contrôlés par des puces électroniques tandis que Ce que savait Maisie propose des zombies ne ressentant aucun appétit à la vue d’un être humain. Autant j’ai apprécié les efforts des auteurs d’amener de la nouveauté dans la mythologie zombie, autant les côtés survie et post-apocalyptique des histoires auxquelles je suis habitué m’ont parfois un peu manqué.

Avec autant de zombies différents, pas étonnant d’ailleurs que leur relation avec les humains prenne une telle place dans le récit et explique en grande partie son originalité. Le mort-vivant est ainsi plusieurs fois utilisé comme un outil, un esclave au service de la société, thème d’autant plus intéressant qu’il reflète ici le pouvoir que possède le gouvernement ou les multinationales (Ce que savait Maisie, CPM). D’autres auteurs ont plutôt choisi de faire du zombie un moyen d’accéder à l’immortalité (Sentence de vie, Second souffle) décrivant alors tout ce que cela peut impliquer comme la douleur éternelle, le renfermement sur soi-même ou encore le fait d’être coincé dans un état insupportable pour l’éternité. De leurs côtés, Max Brooks et Jonathan Maberry décrivent avec Tournez la page et Une Affaire de famille comment faire son deuil lorsqu’un proche a été contaminé.
Chaque lecteur peut ainsi retrouver des thèmes qui l’intéresseront tout particulièrement. Pour ma part, plusieurs cas m’ont vraiment touché et m’ont plongé dans le désarroi que pouvait ressentir certains personnages infectés ou non.

the new deadDans L’Armée des Morts, la condition de zombie peut s’avérer cruelle mais ce livre aborde également un danger qui peut se révéler bien pire. Les amateurs d’œuvres zombies savent très bien que l’Homme est couramment la plus grande menace que peuvent rencontrer les survivants. L’Armée des Morts contribue largement à renforcer cette idée en nous dépeignant la sauvagerie et les atrocités des êtres humains. Comme souvent, les zombies servent ici de prétextes pour critiquer plus ou moins adroitement notre société. La torture, par exemple, intervient à de nombreuses reprises au cours de la lecture. Elle permet à certains de se libérer des peurs qui les rongent ou encore de découvrir le corps humain (Les Gosses et leurs jouets). D’autres ont des ambitions bien plus importantes et n’hésitent pas à exploiter des corps afin de gagner des guerres et s’enrichir mais aussi à kidnapper, voler et piéger leurs semblables pour leurs besoins personnels.
À ce titre, l’armée en prend régulièrement pour son grade. Ses membres sont souvent délaissés après leur retour au pays (Cuivre), les grands dirigeants militaires confinent les populations sans les informer de ce qu’il se passe (Poussière) et elle s’allie à la science pour créer des nouveaux soldats obéissants aveuglements aux ordres (Le Zombie qui tomba du ciel, CPM).

Enfin, la religion a aussi une place importante dans ce recueil. Il faut dire que le culte de la résurrection est une des composante principale dans le christianisme et que le parallèle avec le retour à la vie des morts est assez évident. Il n’est donc pas rare d’observer quelques images religieuses comme un baptême permettant de réveiller un mort congelé, des eaux recouvrant les terres (Ma Dolly) ou de voir un zombie presque crucifié au sommet d’un bâtiment (Le Zombie qui tomba du ciel). Le rapport le plus évident est apporté par la toute première nouvelle nous racontant le retour d’entre les morts de Lazare. L’idée est plutôt louable mais n’est pas franchement passionnante et suffisante pour que ces nouvelles sortent du lot.
L’autre religion évidente lorsque l’on parle de zombies est le vaudou. C’est donc tout naturellement que Holly Newstein nous propose de suivre la vie, la mort et le retour d’une esclave appelée Délice. Cette histoire est particulièrement terrifiante car elle nous permet de voir que les côtés les plus sombres de l’Homme n’ont parfois rien à envier à la magie noire.
Cette anthologie narre également des histoires proches de l’occulte. Il est d’ailleurs très intéressant de voir avec quelle adresse certains auteurs réussissent à réunir nécromants, démons, vampires ou encore fantômes avec nos morts-vivants préférés (Sentence de vie, Les Sanglots du vent, La Porte des orages) afin de nous faire visiter un univers inédit.

C’est donc avec enthousiasme que je vous invite à vous procurer cette anthologie passionnante réunissant des grands noms de la littérature zombie comme Max Brooks (World War Z), David Wellington (Zombie Story) ou encore Jonathan Maberry (Apocalypse Z).
Ce format procure donc une expérience intense et originale qui convaincra les mordus de zombies classiques mais aussi ceux qui souhaitent découvrir ces êtres sous un nouvel angle.

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5 commentaires

  1. gothax dit :

    J’ai hâte de recevoir mon livre :)

  2. Rust dit :

    J’ai lu les deux premières nouvelles aujourd’hui et c’est un véritable régal, un vent de fraicheur sur nos putrides amis. On y voit le zombie sous des angles étonnants. J’ai hâte de découvrir la suite de ce que réserve ce superbe recueil.

  3. Kurts dit :

    Il est dommage,quand même, de constater que le volume qui nous annonce fièrement 19 nouvelles inédites contienne une nouvelle de Max Brooks qui est déjà disponible dans l’anthologie qui lui est consacré (sortie plus d’un an auparavant…)

  4. PoMY dit :

    il y a du bon et du moins bon.

    coup de coeur pour “ce que maisie savait” et “second souffle”

    la pluspart des nouvelles sont sympa.

  5. umby-24 dit :

    Un livre assez décevant. Le souci des recueils de nouvelles, c’est la grande hétérogénéité de ce que l’on y trouve. Ici on passe de nouvelles assez intéressantes à d’autres franchement médiocres.
    Vite lu, vite oublié en ce qui me concerne.

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