Critique de Celle qui a tous les dons

celle qui a tous les dons

En France, en matière de littérature zombie, nous pensons souvent au label Eclipse de Panini Books qui nous gâte à un rythme soutenu de nouvelles parutions zombies. Il faut toutefois reconnaître que bon nombre de leurs sorties ne sont pas des nouveautés et que nous découvrons souvent des livres parus en version originale depuis 3-4 ans. Alors, quand nous avons vu que les éditions L’Atalante avaient publié au mois d’octobre dernier The Girl with all the Gifts sous le nom de Celle qui a tous les dons, seulement quelques mois après sa sortie en version originale, nous avons eu la puce à l’oreille et nous sommes empressés de le découvrir.
Il faut dire qu’avec Mike Carey, un auteur reconnu dans le monde du comic qui a notamment travaillé pour Marvel et DC Comics, à la plume et un pitch avec des zombies proches de ceux de The Last of Us, il y avait de quoi être excité à l’idée de lire ce roman.

“Tous les dons ne sont pas une bénédiction. Chaque matin, Melanie attend dans sa cellule qu’on l’emmène en cours. Quand on vient la chercher, le sergent Parks garde son arme braquée sur elle pendant que deux gardes la sanglent sur le fauteuil roulant. Elle dit en plaisantant qu’elle ne les mordra pas. Mais ça ne les fait pas rire. Mélanie est une petite fille très particulière…”

celle qui a tous les dons romanEh bien, cette excitation était plus que justifiée. Celle qui a tous les dons fait en effet partie de ces livres capables de passionner son lecteur dès les premières pages et surtout d’offrir aux amateurs de littérature zombie une intrigue et un récit originaux.
En effet, dès les premières pages, nous nous glissons dans l’univers de Mélanie qui, s’il semble normal aux premiers abords, s’avère en fait une prison bien pensée par les derniers survivants de l’humanité. Car Mélanie n’est pas une petite fille normale : elle est contaminée par une sorte de champignon filamenteux qui a transformé une bonne partie de l’espèce humaine en prédateurs affamés de chair humaine. Mais, à la différence des autres, elle et d’autres enfants enfermés dans les mêmes locaux, ont gardé une forme de conscience et sont capables d’apprendre et de communiquer avec les Humains. Espérant pouvoir découvrir une solution face au champignon, les survivants du complexe où sont gardés les enfants, multiplient les expériences sur eux, leur faisant la classe afin de voir notamment comment ils réagissent émotionnellement. Mais pour faire cela, les survivants appliquent de terribles mesures de sécurité, gardant les enfants ligotés, et s’appliquant sur le corps de nombreux agents chimiques afin que l’appétit incontrôlable des enfants ne soit pas stimulé par leurs phéromones.

Si de prime abord tout cela peut sembler terrifiant, nous nous rendons compte que dans Celle qui a tous les dons, tout n’est qu’une question de perception : une thématique avec laquelle Mike Carey ne va cesser de jouer avec une maîtrise remarquable tout au long de son ouvrage. Car, pour Mélanie, qui n’a jamais rien connu d’autre, ces conditions d’enfermement ne sont finalement que la routine d’une vie dans laquelle elle se complaît, savourant notamment les leçons de Madame Justineau, sa maîtresse favorite, qui doit, elle, veiller à ne pas s’attacher à ses élèves. Évidemment cet équilibre fragile ne va pas tenir longtemps, jetant nos héros sur les routes ravagées de l’Angleterre post-apocalyptique du roman.

the girl with all the giftsEt, en parlant de perception, ce qui est remarquable avec Celle qui a tous les dons, est que, même si le lecteur s’attache très vite à Mélanie, l’auteur parvient à rendre tout manichéisme obsolète, faisant des positions des autres personnages, comme le docteur Caldwell (qui dissèque certains enfants) ou bien le sergent Parker, des choix acceptables ou du moins compréhensibles. Ainsi, avec une narration à la troisième personne, nous alternons d’une vision du monde à l’autre (celle maternelle de madame Justineau, celle scientifique de Caldwell, celle militaire et loyale de Parker et, évidemment, celle innocente et guidée par l’amour de Mélanie), oscillant entre les quatre personnages. Tout du long, nous nous prenons d’intérêt pour leurs décisions et suivons leurs aventures, ponctuées de nombreux rebondissements et moments d’action, avec une certaine passion qui ne s’émiette à aucun moment.

En refusant de se concentrer uniquement sur une banale histoire de survie après une apocalypse zombie lambda et en nous plongeant dans la peau d’un personnage principal à la fois zombie et petite fille, Mike Carey nous délivre une histoire touchante, maîtrisée d’un bout à l’autre avec une distillation parfaite des éléments clés des personnalités des personnages, qui s’avère un apport original et passionnant à la littérature zombie. À lire !

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1 commentaire

  1. mulk dit :

    Bon, tout d’abords, veuillez excuser mon langage, mais je viens d’acquérir ce livre et je l’ai commencé il y a 3 heures maintenant (suis à peu-près au tier/moitié).
    J’ai qu’une chose à dire pour le moment (ici le langage à excuser):

    Putain de ça mère de bordel de merde de zombie de livre qu’on en boufferait tous les jours même mort!

    Non, franchement, il est GENIAL! Lisez la critique de Squeletor et si le sujet global vous botte (assez original dans la culture zombie), FONCEZ!!!

    Je le place pour le moment (à un tier/moitié) dans mon panthéon des livres “zombies” a posséder absolument.

    bon c’est pas tout ça mais faut que j’y retourne… (et que je pense à manger…..aaaarrgh que de temps perdu!)

    P.S.: viendrai p-e mettre une critique plus constructive quand je l’aurai fini (demain?)

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