Critique de Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l’amour

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Écrit par S.G. Browne, Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l’amour est paru en mai 2013 chez Mirobole éditions. Ce roman américain raconte l’histoire d’Andy qui se réveille un jour allongé dans sa cuisine et découvre que son père et sa mère ont été découpés en petits morceaux et stockés dans le réfrigérateur. À partir de là, il remonte le temps pour nous raconter son histoire et nous faire comprendre comment il en est arrivé là.
comment j ai retrouvéIl se trouve qu’Andy n’est plus vraiment un homme car il est revenu d’entre les morts quelques mois auparavant, plus précisément 48h après l’accident de voiture qui lui a coûté la vie ainsi que celle de sa femme. Andy est donc un zombie qui doit apprendre à vivre différemment dans le monde des respirants. Pour cela, il participe entre autres à des réunions de zombies anonymes censées lui permettre de surmonter sa nouvelle situation car, dans le monde dans lequel il vit, les zombies ne sont pas considérés comme des êtres humains et n’ont aucun droit, si bien que même chercher un travail ou naviguer sur internet peut-être considéré comme un délit. Dans le meilleur des cas, les respirants insultent les zombies ou leur jettent des détritus, dans le pire des cas ils les torturent et les démembrent pour s’amuser. Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l’amour c’est un peu le journal intime d’Andy. Il y raconte ses réunions au centre social, ses rendez-vous chez le thérapeute et plus généralement sa survie en marge de la société en compagnie de ses amis zombies.
Le livre a été généralement bien reçu par les critiques non spécialisées dans le genre zombie et les droits cinématographiques ont même déjà été achetés par la Fox, ce qui porte à croire que nous aurons un jour le droit à une adaptation sur grand écran. Pour ma part, je dois dire que mon enthousiasme n’est pas aussi grand et je vous explique pourquoi dans ce qui suit…

Une définition très personnelle du zombie

Commençons directement par les choses qui fâchent. Selon moi, Andy n’est pas un zombie mais un simple mort-vivant : il est conscient, son mal n’est pas contagieux et il n’a pas d’attrait naturel pour la chair humaine. Si pour certains cette distinction paraît sans importance, elle peut être un vrai problème pour les amateurs du genre. Sans me considérer comme une puriste, quand j’ouvre un roman zombie, je ne m’attends pas à lire le journal intime d’un homme revenu d’entre les morts et encore moins de le voir essayer de lutter pour ses droits. Je ne ferai pas une dissertation sur ce point car ce n’est pas la première fois ni la dernière qu’un auteur surfe sur la mode pour faire vendre ses livres, on commence à en avoir l’habitude. Sachez néanmoins qu’il est fort probable que si ce roman n’avait pas la prétention de s’appeler en anglais Breathers. A Zombie’s Lament nous ne l’aurions probablement jamais chroniqué sur MZC.
Si malgré ce problème de taille, ce livre vous intrigue toujours, je vous invite bien sûr à lire la suite de cette critique dans laquelle je m’efforce à faire abstraction de cette ignominie.

Quand les morts-vivants deviennent les victimes

breathers a zombie lamentsL’intérêt majeur de ce roman réside dans la position très particulière des morts-vivants, qui sont présentés comme des victimes. Les respirants – c’est-à-dire les vivants – les détestent et les traitent comme des animaux. Pourtant, Andy en tant qu’ancien humain continue d’éprouver des sentiments, ce qui lui rend la vie difficile. Il doit se remettre de la mort de sa femme, de l’absence de sa fille qu’il n’a pas le droit de voir et ne peut prétendre à aucune vie sociale en dehors de ses réunions au centre des zombies anonymes. Andy se retrouve cloîtré la majorité du temps dans la cave de ses parents. Son père le rejette complètement et le menace de l’envoyer dans un laboratoire ou un zoo et sa mère le traite comme un enfant tout en évitant soigneusement tout contact avec lui. Pour couronner le tout, les cordes vocales d’Andy ont été détruites dans l’accident de voiture ce qui l’oblige à écrire sur une ardoise qu’il porte autour du cou pour communiquer.
Nous pouvons donc difficilement dire que Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l’amour soit une histoire fondamentalement originale mais elle a le mérite de remettre le thème du racisme et de la différence à la sauce morts-vivants. L’auteur ne se prive d’ailleurs pas de faire plusieurs références à Rosa Parks lorsque Andy voyage dans un bus sans autorisation :

“Je me demande si Rosa Parks a ressenti la même chose en s’asseyant sur un siège de bus réservé aux Blancs.”

Lutter contre la putréfaction, un combat de tous les jours

La principale préoccupation des morts-vivants tels qu’Andy – en dehors de retrouver un semblant de vie sociale – est de s’entretenir pour ne pas tomber en morceaux. En effet, bien qu’ils soient morts-vivants, ils ne sont pas éternels. Andy nous l’explique en ces termes :

“Si les zombies ne meurent pas, ils n’en sont pas pour autant immortels, comme le voudraient les légendes urbaines. C’est vrai qu’on ne peut pas se vider de notre sang, vu que nos coeurs ne pompent plus d’hémoglobine à travers nos artères, mais on peut se décomposer peu à peu jusqu’à n’être plus qu’un squelette. […] Si vous n’avez jamais été abandonné à pourrir sur un flanc de colline ou dans un centre de recherche sur le processus de la décomposition humaine, alors vous ne pouvez pas comprendre”.

Le traitement de cette problématique est plutôt réussi et offre un fil conducteur intéressant. Le lecteur n’est pas toujours sûr que les techniques de conservation décrites tiennent debout mais il les accepte facilement car elles sont plutôt amusantes. Ainsi, prendre des bains à l’eau de javel ou manger des cosmétiques est monnaie courante au sein de la population des morts-vivants. Par ailleurs, sans entrer trop dans les détails au risque de vous spoiler, cette histoire de conservation est rapidement au coeur de l’intrigue et apporte du piment au récit.

Un humour plaisant mais lassant

Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l’amour est un livre qui manie assez efficacement l’humour noir. Andy et ses amis font en effet toujours preuve d’humour et d’auto dérision sur leur propre condition, ce qui rend la lecture facile et amusante. Par exemple, lorsqu’Andy parle de son groupe social, voici ce qu’il peut en dire :

“Quoi qu’il en soit, il me semble qu’on devrait trouver un autre nom que “Morts-Vivants anonymes” : quand on est mort-vivant, on est aussi anonyme qu’un travesti avec une barbe naissante”.

Ou encore, quand il parle de son séjour forcé à la SPA, où les morts-vivants sont considérés comme inférieurs aux animaux :

“Mon séjour à la SPA n’a pas été aussi atroce que vous pourriez l’imaginer. On m’a donné un bol d’eau fraîche et quelques croquettes, ainsi qu’un bac à litière et des jouets en plastique à mâchonner.”

Pour ma part j’ai apprécié le style durant les 100 premières pages puis j’ai fini par le trouver un peu artificiel et répétitif. Le roman est par exemple ponctué de phrases toujours construites sur la même structure :

“Si vous ne vous êtes jamais réveillé après un accident de voiture pour découvrir que votre femme est morte et que vous êtes un cadavre animé en putréfaction, alors vous ne pouvez pas comprendre.”

“Si vous ne vous êtes jamais ranimé dans une chambre funéraire avec un tuyau enfoncé dans la carotide tandis que votre visage enfle comme un ballon d’hélium, alors vous ne pouvez pas comprendre.”

L’idée est sympathique mais peut-être un peu facile et lassante. Par ailleurs même si le ton léger rend la lecture aisée et agréable, elle ne la rend pas pour autant hilarante. Je garde une réserve sur ce point, étant consciente que tout ce qui concerne l’humour est très subjectif et personnel. À vous de juger si S.G. Browne en fait trop ou pas.

Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l’amour n’est donc pas un roman qu’il faut absolument lire en tant qu’amateur de culture Z. En revanche, si vous pouvez faire abstraction du fait que ce n’est pas un récit de zombie traditionnel, que vous aimez les histoires gentillettes ou si vous êtes fan d’humour noir, ce livre vous fera passer un moment agréable, mais pas mémorable. Et puis après tout, pourquoi pas ? Il faut parfois savoir lire des romans moyens pour ensuite apprécier les meilleurs.

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