Critique du roman Enragés de Pierre Gaulon

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L’année passée, chaque mois rimait avec de nouvelles sorties zombies chez Panini Books, nous laissant parfois peu de temps pour nous intéresser aux autres maisons d’édition et aux auteurs français. C’est ainsi que le roman Enragés de Pierre Gaulon, de surcroît vendu comme un Thriller au lieu d’un roman post-apocalyptique, nous a complètement échappé. C’est donc grâce à son auteur, qui nous a contactés il y a peu, que nous avons enfin pu découvrir ce court roman d’un peu moins de 250 pages édité chez Fleur Sauvage en mai 2015.

Dans Enragés, nous suivons tour à tour deux personnages dans le sud de la France alors qu’une épidémie zombie frappe peu à peu le monde entier. D’un côté, Louis, un homme vraiment banal, et de l’autre, Lucas, un jeune homme sociopathe et champion de tir. Tandis que l’un se retrouve cloîtré chez lui au début de l’épidémie, l’autre se retrouve à la campagne. Chacun survit de son côté jusqu’à ce que le destin les réunisse.

enragés pierre gaulon fleur sauvage couvertureEnragés est ce genre de roman que j’affectionne tout particulièrement car il ne mise pas sur l’excès narratif avec des héros surpuissants, des aventures sans crédibilité, mais repose sur ce qui se passerait si des personnes normales étaient confrontées à une telle situation, tout en y glissant régulièrement des remarques pertinentes sur notre société. Ce roman de Pierre Gaulon se veut donc avant tout centré sur la psychologie de ses deux héros alors que ces derniers sont confrontés à des situations bien différentes.

Dans le cas de Louis, l’auteur nous place donc dans la situation d’un huis-clos alors que l’homme survit seul plusieurs semaines avec son chien enfermé dans son appartement. Rongé par son envie de fuir pour retrouver sa petite amie et par sa peur de sortir, Louis s’avère un personnage crédible et bien construit. Malheureusement, je regrette de ne pas m’y être réellement attaché. Je suivais ses aventures de manière intéressée mais pas réellement impliquée. Cela est peut-être dû à un usage du huis-clos que j’ai trouvé finalement assez limité, avec parfois de grosses facilités (comme la première attaque d’un zombie qui ne s’explique pas), malgré de bonnes idées sur la disposition des lieux (un appartement à moitié enfoui, d’où la superbe couverture).

Du côté de Lucas en revanche, même si le personnage est particulièrement antipathique (il est ainsi), j’ai davantage apprécié ses aventures, plus rythmées que celles de Louis, car elles apportent une vision originale du monde au travers des yeux d’une personne incapable d’empathie. Cela m’a personnellement beaucoup plu d’autant que la fin de l’intrigue autour de ce personnage m’a vraiment surpris. Là je dis bien joué à l’auteur que je voyais pourtant foncer tête baissée dans un gros poncif du genre.

pierre gaulon auteurSi l’aspect zombie du récit me semble bien développé avec des créatures bien amenées et expliquées, j’ai en revanche eu du mal à comprendre ce besoin de l’auteur d’ajouter une dimension trop explicitement écologique à son roman. En effet, alors que le récit se déroule en hiver, il y fait tout du long une température estivale, ce qui n’étonne nullement nos héros. Cependant, ce dérèglement climatique n’apporte finalement rien à l’intrigue et encore moins aux réflexions intéressantes de Louis sur ce que l’Homme fait subir à la planète. L’idée était intéressante mais son impact sur le récit absent. Faire dérouler l’action en été aurait été suffisant.

Côté style, je reconnais avoir eu un peu de mal avec le début du roman, la faute à quelques choix syntaxiques douteux et une sur-utilisation des guillemets et autres italiques, avant de finalement réussir à m’y plonger complètement et apprécier une évolution agréable du style en cours de lecture.

En fin de compte, Enragés n’est pas le “grand thriller, doublé d’un excellent roman” que nous vend l’éditeur en quatrième de couverture, mais un roman post-apo sympathique doublé d’une analyse intelligente de notre société qui réussit, à partir de l’histoire de personnages assez banals, à dresser une aventure qui se suit avec plaisir. Pas un must-have mais un livre à découvrir notamment si vous voulez soutenir un auteur français.

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