Critique de Zombie Nostalgie

zombie nostalgie - aka zombie nation

Si vous lisez cela, c’est que vous êtes un amateur de morts-vivants et plus particulièrement de zombies ou alors vous vous êtes complètement planté de site. En tant qu’habitué, vous avez sans doute lu un tas de romans de zombies et peut-être même certains que nous vous avons recommandés.

Pour ma part, la plupart des romans que j’ai lus sont tous plus ou moins dans la même veine à base de survie ou de huis-clos durant une apocalypse zombie. Loin de m’en lasser, je continue tranquillement mes lectures qui me permettent de “m’échapper” bien plus efficacement qu’en regardant un bon film. Il m’arrive alors de tomber sur des œuvres moyennes mais aussi sûr de très bons livres. C’est justement à cette dernière catégorie qu’appartient Zombie Nostalgie de Øystein Stene dont je vais vous parler aujourd’hui, presque 5 mois après sa parution aux éditions Actes Sud.

“Au milieu de l’océan Atlantique se cache une petite île dont les services de renseignements américains et européens ont gardé secrète l’existence depuis la Première Guerre mondiale. Les cartes officielles ont été manipulées et le moindre esquif qui s’approche est coulé.
En janvier 1989, un homme se réveille nu dans un hangar sur l’île. Sa peau est grisâtre, son corps froid, ses membres gourds. Il ne sait ni où il est, ni comment il a atterri là. Fait encore plus troublant : il n’a aucune idée de qui il est. Pris en charge par le service d’accueil de l’île de Labofnia, il comprend que son arrivée n’a rien d’exceptionnel. Depuis toujours, les futurs Labofniens surgissent spontanément sur l’île. Ils ignorent leur identité, n’ont aucun souvenir de leur vie antérieure, n’éprouvent aucun désir, aucune émotion. Leur vie n’est pas régie par le sommeil ou la nourriture. Perdus, ils s’abandonnent à une pathétique pantomime en imitant le comportement des vivants. Mais certains refusent de renoncer au rêve de pouvoir un jour ressentir, même si le moyen d’y parvenir défie toute notion d’humanité…”

Dès les premières pages, je me suis bien vite rendu à l’évidence : ce roman est atypique. Ici, pas d’histoire de survie, pas de gros gun, pas de lac d’hémoglobine ni de décérébrés anthropophages. Du moins pas suffisamment pour en faire le sujet du livre.
Le roman et son histoire prennent alors vie au travers des yeux de Johannes, un homme qui reprend connaissance dans une étrange pièce sans souvenirs de qui il est. Pire, il n’est plus tout à fait vivant. Mais il n’est pas seul. Johannes découvre qu’il n’est qu’un des nombreux morts-vivants apparaissant et colonisant une île non-répertoriée de l’océan Atlantique. Loin d’être de terribles mangeurs d’hommes, ces insulaires sont engourdis, raides, maladroits, n’arrivent pas à s’exprimer et ne ressentent ni faim, ni soif, ni sommeil ; nos zombies ne sont que l’ombre des êtres humains. Tels de nouveaux nés, ils découvrent comment bouger et parler ; ils apprennent à mimer la vie en suivant des cours de marche et de diction auprès de zombies plus compétents. Évidemment, notre héros refuse cette vie de zombie monotone et vide de sens. Johannes veut vivre, aimer, sentir et ressentir et c’est tout l’intérêt du roman.

zombie nostalgie actes sud couvertureCette cité-nation de zombies nommée Labofnia n’est cependant pas isolée du monde. L’auteur l’intègre en effet dans un contexte historique créant ainsi une sorte d’uchronie. La quête de sens de notre héros est alors entrecoupée par de petits chapitres décrivant la situation internationale vis à vis de Labofnia et de ses étranges habitants. Ces chapitres sont bien amenés et s’apparentent à un documentaire historique de par la narration très circonstanciée et factuelle. Ils enrichissent le récit d’une seconde histoire, celle de la dissimulation de Labofnia au reste du monde par les gouvernements alliés. L’uchronie est d’ailleurs appuyée par des faits parfois très marrants, tels que l’embauche par la CIA de Roméro afin qu’il introduise la peur du zombie dans l’esprit des hommes.

Je rassure cependant les plus puristes d’entre vous, puisque le récit inclut malgré tout des membres qui tombent et quelques humains qui se font boulotter. L’auteur décrit cependant ces moments de manière intelligente et adaptée à son histoire. En fait, il en vient presque à éluder toutes les scènes d’action qui font habituellement l’apanage du genre. Ce point m’a semblé très bien senti par rapport au récit, notre héros ne se résumant pas à un anthropophage de bas étage. Le récit n’en ressort que plus poétique, l’auteur gommant la laideur des repas de chair humaine et se focalisant sur le désir de vivre de notre héros.

Le style de l’auteur joue d’ailleurs un grand rôle dans la qualité du récit, je l’ai en tout cas beaucoup apprécié (du moins sa traduction). J’aurais bien du mal à le décrire en quelques phrases et sans une analyse plus poussée, mais l’une de ses composantes se résumerait à nous inciter naturellement à nous imaginer les scènes simplement évoquées ou absentes, une belle réussite.

À mille lieux des habituels romans de morts-vivants, Zombie Nostalgie est un livre qui vous prendra aux tripes à défaut d’en faire se répandre au sol. L’histoire est très bonne, bien construite, intelligente et intense.
Øystein Stene nous offre donc une vision différente et très agréable du zombie avec ce véritable parcours initiatique, cet hymne à la rébellion, cette véritable quête philosophique. Un roman à découvrir absolument.

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4 commentaires

  1. Si j’ai lu ceci… c’est parce que j’ai moi-même lu et chroniqué “Zombie Nostalgie” (http://www.quandjeseraipetite.fr/2016/04/02/roman-zombie-nostalgie-oystein-stene/) et qu’un autre avis sur ce roman m’intéressait ! Et je suis tout à fait d’accord avec celui-ci :) Et la “petite” référence à Romero est en effet bien drôle dans ce livre tout de gris vêtu, qui avance à pas de velours zombie…

  2. Ankou dit :

    Diantre ! Je viens tout juste de commencer sa lecture et voici que tu nous en propose une critique. Dois-je y voir la manifestation d’une synchronicité avec My Zombie Culture? A méditer…
    Dans tous les cas, le début est très très prometteur. Je reviens vous dire ce que j’en pense bientôt…

  3. Alexia dit :

    Hummm, ça donne envie de le lire. Donc il faut que je le marque pour me le procurer. Sincèrement, je n’aurais jamais assez d’une vie pour lire tous mes livres.

    1. Baalero dit :

      Celui-ci vaut le coup! Ma table de nuit croule aussi de livre que j’aimerai lire.
      Par pure sadisme, je vais vous conseiller ardemment “Ennemis” de Charlie Higson qui est de loin celui que j’ai préféré et il ne comporte que 7 volumes…
      CRAC !! ah… votre table de nuit viens de craquée?

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