Critique d’Apocalypse Z tome 2

Apocalypse Z tome 2 les jours sombres

Comme nous vous l’avions annoncé, aujourd’hui sort chez Panini Books le second tome d’Apocalypse Z, la série de romans de Manel Loureiro dont le premier tome nous avait sacrément emballés, sentiment partagé par énormément de lecteurs. À peine traduit dans notre chère et belle langue, je me suis donc jeté dessus. Autant vous dire que j’attendais monsieur Loureiro au tournant et que je n’ai pas été déçu.

Apocalypse Z tome 2 les jours sombresLa couverture, reprenant les mêmes éléments que le premier tome (un zombie au premier plan, une ville en ruine en guise de décor), nous donne déjà quelques indices sur ce qui nous attend : le civil zombifié laisse place à un soldat dépenaillé revenu d’entre les morts et visiblement en rogne. L’ambiance est posée, il y a comme une odeur de marche forcée, de rangers et d’armes d’assaut dans l’air.

Contrairement à la critique du premier roman, la suite contient quelques légers spoilers. Vous voilà prévenus.

Arrivés à Ténériffe, destination qu’avaient pris nos héros à la fin du premier roman, ils peuvent enfin s’installer au sein d’une communauté gérée par des militaires où ils espèrent trouver une certaine tranquillité. Mais leurs espoirs seront vains.
Dès le début de Les Jours Sombres, Loureiro garde donc le rythme du premier roman et met notre avocat, Pritchenko, Lucia et soeur Cécilia dans des situations dangereuses et délicates. Toutefois, le roman accuse une baisse de régime sur les quelques chapitres qui présentent la survie à Ténériffe.
Cela permet malgré tout à l’auteur, au travers de quelques dialogues, de donner plus d’informations sur le monde et les évènements qui l’ont secoué ainsi que sur le virus responsable de l’épidémie. Manel Loureiro se sert alors brillamment de ces dialogues pour apporter une tension supplémentaire à son récit (les explications sur les différentes causes de pénuries en carburant et médicaments sont réalistes et bien présentées), nous permettre de prendre conscience que l’humanité n’a pas fini d’en baver et nous immerger davantage dans ce monde ravagé.

Apocalypse Z tome 2 les jours sombresRapidement, les choses tournent mal pour nos héros alors qu’ils sont séparés et mis en quarantaine. Pire encore, Prit se retrouve accusé à tort d’être l’auteur d’une agression sauvage sur sœur Cécilia.
A ce titre, c’est la seule partie du roman qui m’a déçu car Loureiro survole complètement la situation. En effet, ses répercussions sont vite expédiées alors qu’elles sont un élément important du récit. L’ancien avocat et Pritchenko se retrouvent alors contraints, pour se racheter, d’intégrer un groupe armé qui part en mission sur le dangereux continent. Je n’ai alors pas pu m’empêcher de penser que tout cela n’était qu’un gros prétexte pour envoyer nos héros en mission et faire avancer l’histoire.

En revanche, si j’ai été un peu déçu par ce détail de l’intrigue, les personnages ont continué à me ravir, l’auteur ayant pris soin de les faire évoluer. Dans ce deuxième opus, nous retrouvons ainsi un personnage principal certes aguerri mais qui doute toujours de ses capacités. Loureiro fait d’ailleurs de la fragilité le trait de caractère principal de son personnage mais ne lui enlève pas pour autant son côté sympathique et décalé en l’affublant encore de sa combinaison de plongée et de son fusil-harpon, vrais porte-bonheurs pour aller se frotter aux zombies.
De son côté, le faire-valoir russe, Pritchenko, gagne tout de même en profondeur, tout comme Lucia qui se voit consacrer plusieurs chapitres à elle seule, ce qui permet à l’auteur de finir par enfin développer l’intrigue relative à l’agression de sœur Cécilia.
J’ai également réellement apprécié que le ton employé par les personnages se durcisse, signe de leur évolution dans ce monde : le langage est plus cru, plus brutal et les remarques de l’avocat plus cinglantes. Le côté consensuel du héros disparaît au fil des pages tout comme une part de son humanité.

apocalipsis Z los dias oscurosDu côté du style, l’auteur garde une qualité d’écriture identique à son premier tome et les descriptions sont toujours aussi précises et plaisantes : je me suis plusieurs fois surpris à penser au talent de Stephen King en lisant le récit de Loureiro.
A ce titre, je continue à être impressionné de voir qu’à aucun moment l’écrivain ne donne la possibilité au lecteur de connaître le nom du héros. On sent que Loureiro prend plaisir à tout faire pour ne pas le nommer. Je vous invite donc à guetter ces petits passages savoureux qui sont le résultat d’un jeu discret de l’auteur avec ses lecteurs.

Enfin, je tiens à souligner une petite nouveauté dans le récit. En effet, un chapitre sort du lot puisque l’écrivain, utilisant le principe de Rashômon, nous fait vivre quelques instants dans la tête (quasi vide) d’un zombie, alternant les points de vue survivant/zombie. C’est réussi, c’est intéressant et cela apporte un vrai plus à l’histoire puisque cette partie nous permet de mieux comprendre ce qui anime les monstres. Ils prennent ainsi une autre dimension puisque l’on les découvre capables d’éprouver des émotions (la colère notamment), une façon habile d’imprimer au récit cette notion de “reste d’humanité” chez les zombies exprimée plusieurs fois par le personnage principal.

Avec ce deuxième roman, Manel Loureiro réussit donc une nouvelle fois son pari : nous proposer un très bon livre de zombies. La qualité est au rendez-vous et l’auteur confirme son talent. Il se hisse à la force de son style et de ses idées sur le podium des auteurs les plus doués du genre. Les Jours Sombres est donc une suite de très bonne qualité pour un premier roman excellent. Reste à espérer que le troisième tome, que Panini Books nous proposera en novembre prochain, s’inscrive dans cette lignée.

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À propos de l'auteur

Incapable de se faire comprendre par le genre humain, vif comme un cailloux roulant au fond d'une rivière, beau comme une olive verte oubliée au soleil, Baron Mardi s'est, il y a de nombreuses années, tout naturellement rapproché des zombies qu'il considère comme ses pairs. Il pense, parle et surtout sent le zombie. Bref, on peut dire que Baron Mardi aime le zombie. Détail troublant: Jusqu'à présent, il évite soigneusement de parler de ses goûts culinaires. Allez savoir pourquoi...

9 commentaires

  1. Cheesecake dit :

    Le livre est en commande…. j’ai lu l’intro et la conclusion de cette critique et je suis encore plus impatient de l’avoir entre les doigts !

  2. icare dit :

    Emballé par le premier tome, moins par le second. En cause les nombreux rebondissements abracadabrantesques à l’image de la séquence du labo. Fin en queue de poisson…

  3. Klice dit :

    J’ai pas lu la critique comme je suis encor en train de lire, mais j’ai remarqué le seal of approval du site sur la 4ème de couverture; ça peut être cool si vous devenez une référence en culture zombie auprès du grand public ! :p

  4. mel dit :

    Magnifique couverture encore une fois ! je lis le tome 1 en ce moment!

  5. PoMy dit :

    Un peu déçu par ce second tome, difficile de faire aussi bien que le 1er.
    en cause, le point du vue changeant du narrateur et donc, la suppression des “post” qui fait perdre beaucoup de charme au récit, on est moins “dedans”.

    je suis en train de relire le premier tome, et je dois dire “rien à voir”.

  6. Hellza dit :

    Je viens de le terminer , et il m’a vraiment beaucoup plu ! Je suis ravie d’apprendre qu’un troisième tome va arriver.

  7. patrick dit :

    Bonjour. Je suis fan des deux tomes parus en France.
    Savez-vous quand sort une traduction de la suite ?

    1. Squeletor dit :

      La colère des Justes (La ira de los justos), le troisième tome, sort le 5 novembre par chez nous.

  8. cheesecake dit :

    J’ai adoré ce livre… moins que le tome 1, plus qu’excellent, mais ce tome 2 est très bon.
    J’ai bien aimé l’intégration d’un semblant de “guerre civile espagnol de 1936-39” dans ce livre, comme quoi ça laisse encore des traces près de 80 ans plus tard !!
    Le seul regret, l’abandon du format “journal”, comme pour chroniques de l’armageddon…

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