Critique de The Walking Dead Tome 7 : Cherche et tue

Walking Dead Cherche et tue tome 7

Nous voici de retour avec la critique de Cherche et tue, le 7ème tome de la série de romans The Walking Dead, sorti en mars dernier par chez nous. Après un tome 6 assez décevant et en perte flagrante de vitesse par rapport aux précédents ouvrages, nous étions en droit d’attendre un vrai renouveau, non seulement du point de vue de l’intrigue mais aussi des personnages. La bonne nouvelle, c’est que Jay Bonansinga a su rebondir assez adroitement pour éviter de s’embourber dans une histoire trop molle ; la mauvaise nouvelle, c’est que les défauts que nous reprochions aux précédents tomes sont toujours d’actualité.

Dans cette nouvelle péripétie, nous en avons terminé avec les leaders religieux complètement siphonnés. Ici, Lilly se retrouve confrontée à un groupe armé violent et organisé.

“Lilly Caul et les siens caressent l’espoir de bâtir des lendemains meilleurs. En se regroupant avec d’autres petits villages de survivants, ils entreprennent de reconstruire le chemin de fer qui relie Woodbury à Atlanta. La possibilité d’un voyage plus sécurisé marquerait, dans ce monde post-apocalyptique, le début d’une nouvelle ère d’échanges, de progrès et de démocratie. Mais, sorti de nulle part, un groupe de survivant particulièrement brutal a attaqué Woodbury en leur absence, massacrant des adultes et kidnappant des enfants. Lilly et une bande hétéroclite de sauveteurs se lancent dans une mission désespérée pour les retrouver.
Mais comment un tel assaut, totalement inattendu, a-t-il pu se produire ? Pourquoi s’acharner ainsi sur des innocents ? Cette sombre odyssée leur apportera d’effroyables réponses.”

the walking dead tome 7 cherche et tueJay Bonansinga avait déjà commencé doucement le travail d’écrémage de la population de Woodbury lors du précédent tome et ne semblait pas avoir envie de s’arrêter en si bon chemin. C’est donc pour notre plus grand bonheur qu’en ce début d’ouvrage, il réitère le nettoyage communautaire. Ce choix scénaristique bienvenu remet donc plus ou moins les compteurs à zéro et laisse ainsi la voie ouverte à l’imprévisible.
Après une période d’un an environ, durant laquelle les protagonistes semblent avoir repris une vie plutôt sereine à Woodbury, il aurait été vite fait de tomber dans les mêmes travers que ceux des comics, c’est-à-dire nous raconter en long en large et en travers la vie des survivants ainsi que les petites histoires internes à la sauce Feux-de-l’Amour. Heureusement, Jay Bonansinga nous épargne cette souffrance et rentre assez vite dans le vif du sujet en remettant tout de suite en cause la quiétude relative de Lilly Caul. Pour cela, rien de tel que d’éliminer la quasi totalité des habitants de Woodbury et de faire disparaître les enfants. Les quelques survivants qui restent sur le carreau n’ont plus que leurs yeux pour pleurer et puisqu’ils n’ont plus rien à perdre désormais, ils peuvent partir à la poursuite des grands méchants ravisseurs. Cette mise en bouche est intéressante car elle met Lilly dans une position très délicate. En effet, malgré sa position de leader, elle n’en reste pas moins un être humain comme les autres et il ne lui en faut pas beaucoup plus pour attiser en elle le feu de la vengeance. Le lecteur se demande alors si Lilly, la battante qui ne renonce jamais et dont la volonté rayonne auprès des autres, va se laisser submerger par son ressentiment ou conserver son sang-froid.
Dans tous les cas, ce coup de balai annonce un changement de donne radical puisque même si elle parvient à récupérer les enfants, son groupe se retrouvera complètement vulnérable.

Notre héroïne d’ailleurs, parlons-en. C’est par son biais que j’aborderai le principal hic de ce tome : l’enchaînement improbable des péripéties. À la manière de ce bon vieux film Fast and Furious, les romans The Walking Dead se perdent petit à petit dans l’action pure et dure, oubliant en chemin de conserver un vrai réalisme. Comme c’était le cas pour Invasion déjà, Cherche et tue saura sans doute plaire aux lecteurs friands d’action mais aura du mal à convaincre les plus pointilleux. Bonansinga nous offre des scènes assez grandioses et inédites, ce qui est louable, mais au détriment de la cohérence d’ensemble. Voyage dans un train en flamme, chute dans une rivière du haut d’un pont, affrontement de hordes, assaut des grands méchants… à la lecture de ce tome j’ai eu l’impression que Lilly avait été formée à la même école que John Wick. D’autant plus que certains passages sont carrément à l’épreuve de la logique, par exemple lorsque l’on apprend que les communautés unissent leurs forces pour réhabiliter une voie ferrée sans avoir – semble-t-il – vérifié que l’intégralité était praticable. Quels imbéciles iraient encore, après 3 ans d’apocalypse, se lancer dans une entreprise qui demande des mois de force de travail sans anticiper sa faisabilité complète ? Dur à avaler. Il en va de même pour les scènes de combat où les protagonistes blessés à vif ne sont pas contaminés par le sang des zombies qui gicle sur eux. Tout ceci est hautement perturbant pour un lecteur un peu attentif.

The Walking Dead Return to WoodburyHeureusement, à côté de cela, Bonansinga prend le temps de décrire les scènes en détails et le manque de réalisme de certains événements est contrebalancé par un incontestable souci du détail. J’ai particulièrement apprécié par exemple, le soin porté aux scènes confrontant le groupe de Lilly aux ravisseurs d’enfants. L’enchaînement des actions est clair et précis, et pourrait s’apparenter cinématographiquement à des scènes tournées au ralenti, ce qui rythme plutôt bien l’ensemble. Dans le même esprit, l’auteur ajoute intelligemment des ellipses ou accélère l’action lorsque les événements n’ont pas de valeur ajoutée. Ceci évite de s’appesantir sur des détails sans importance qui ne feraient qu’alourdir le style et le scénario.
Ce qui est très dommage en revanche, c’est que le style d’écriture reste définitivement très froid. Son caractère aseptisé nuit grandement à la construction d’une atmosphère propre à l’ouvrage. Pourtant, j’ai trouvé que l’aspect “pays post-apocalyptique” était beaucoup plus palpable que dans les précédents tomes, notamment parce que les personnages sont en mouvement, mais l’écriture de Bonansinga manque cruellement de profondeur. Qu’il s’agisse des personnes ou des sensations, nous avons affaire à un récit très impersonnel dans lequel il est non seulement difficile de s’immerger et de s’identifier, mais aussi de s’attacher aux personnages.
Peut-être que ce point est plus ou moins gênant en fonction de la sensibilité de chaque lecteur, peut-être même que l’auteur a progressivement aseptisé l’ambiance de façon volontaire, mais pour ma part, je reste définitivement sur ma faim. À quand les scènes décrivant subtilement les odeurs, les couleurs, le ressenti viscéral des personnages ? La lecture de ce tome 7 m’a plutôt fait l’effet d’un rapport militaire officiel que celui d’un récit de survie.

En définitive, les tomes se succèdent, mais certaines choses ne changent pas. The Walking Dead est un roman qui se lit sans trop d’ennui mais sans trop de passion non plus. Le tome 7 ne fait pas exception à la règle. Plus imprévisible qu’Invasion, mais de moins en moins intéressant du point de vue des personnages, il laisse en définitive un goût d’inachevé en bouche, comme si l’auteur ne savait plus quoi faire de son héroïne. À titre personnel, je ne trouve pas de valeur ajoutée à toutes ces péripéties qui suivent La Chute du Gouverneur 2 et je ne saurais que conseiller aux lecteurs un peu exigeants de faire l’économie de tout cela, d’autant plus que le tome 8 intitulé “Retour à Woodbury”, à paraître en VO en octobre prochain, n’augure rien d’exceptionnel.

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1 commentaire

  1. cheesecake dit :

    L’ai lu avec plaisir… mais comme tu le précises, sans plus !
    Il aurait été écrit par Craig Dilouie (Homeland of the dead) cela aurait été pareil : Lili en “surhomme ou surfemme surentraînée” !

    Même l’échappée belle au milieu d’une horde m’a semblée irréelle… eu du mal à imaginer ces fameux “espaces”…

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