Critique de Walking Dead Tome 28 : Vainqueurs

C’est le jour de notre rendez-vous biannuel avec Robert Kirkman et Charlie Adlard, pour la sortie du tome 28 des comics The Walking Dead intitulé Vainqueurs (comics VO #163-168). Avec un titre aussi direct et une couverture assez ambivalente, ce nouveau volume a certainement de quoi titiller la curiosité des lecteurs. Mais quelles surprises cache-t-il exactement ?
Après un tome 27 qui avait un peu fait traîner en longueur le dénouement de la guerre entre les Communautés et les Chuchoteurs, vous vous réjouirez certainement d’apprendre que nous avons enfin droit à une conclusion, qui plus est intéressante – à défaut d’être exaltante.

Dans Vainqueurs, alors que les communautés alliées se relèvent tout juste de l’attaque sur la Colline, celles-ci se voit confrontées à une horde de dimension inédite fonçant droit sur Alexandria. Nos héros doivent alors faire preuve d’imagination pour lutter contre les milliers de rôdeurs qui les assaillent.

Expérience mère de sagesse

Ma précédente chronique manifestait sans détour ma déception face à la prévisibilité et à la lenteur du déroulement de la guerre contre les Chuchoteurs. Cette fois-ci, je dois néanmoins admettre que je n’avais pas anticipé le dénouement et les péripéties que Kirkman nous propose dans ce nouveau volume. Est-ce une bonne chose pour autant ? Rien n’est moins certain.
J’imagine que tout un chacun vivra la chose différemment en fonction de ses propres attentes. Pour ma part, je reste toujours aussi nostalgique et force est de reconnaître que j’attendais plus ou moins inconsciemment un tome digne du combat final de la bonne vieille prison. Dès lors, il me semble que je ne pouvais qu’être déçue. Eh oui, Kirkman semble évoluer à l’image de son héros Rick, c’est à dire avec sagesse.
Quel est le mal ?” me direz-vous. Aucun, mais, voilà, après 28 tomes, il est certainement temps de mettre une croix définitive sur le sel si particulier qui faisait la saveur des 15 premiers tomes (à la louche) de The Walking Dead. Plutôt que de revenir une énième fois sur l’évolution discutable des comics en pointant du doigt avec tristesse son manque d’intensité, je choisis aujourd’hui de réfléchir à la question sous l’angle : “Pourquoi The Walking Dead ne sera plus jamais pareil ?”

En fait, la réponse est extrêmement simple : le temps passe et nos personnages vivent dans un monde envahi de rôdeurs depuis maintenant des années. Leur inexpérience et leur innocence sont depuis longtemps mortes et enterrées. De fait, sous leurs allures de petites communautés candides, nos groupes de survivants ont non seulement su s’adapter mais ont aussi développé une âme de combattants. Ils peuvent donc mener une guerre comme celle des Chuchoteurs sans essuyer de pertes aussi considérables que celles connues auparavant. Résultat, les combats sont maintenant moins sanglants et meurtriers et, dans une certaine mesure, le facteur temps suffit à l’expliquer. Nos protagonistes d’aujourd’hui ont tout à perdre alors que leurs pendants d’il y a plusieurs années avaient déjà tout perdu et n’entrapercevaient pas encore tout ce qu’ils pourraient construire avec la force de l’unité et de la persévérance.

L’union fait la force

Ce n’est donc pas pour rien que les pertes sont de plus en plus réduites mais aussi que nos héros encaissent les difficultés beaucoup plus facilement qu’auparavant. La perte d’un être cher est en effet admise comme une réalité tangible. Il en est terminé de se cacher derrière des illusions d’immortalité et de toute puissance propre à ce que nous, lecteurs, connaissons plus ou moins dans nos sociétés modernes. Les survivants de The Walking Dead ont appris à connaître, pour la plupart, le prix des erreurs et de l’individualisme. C’est d’ailleurs flagrant dans ce tome car, à plusieurs reprises, les différends entre protagonistes sont réglés par une simple phrase comme “Pas le temps pour les caprices”.

Sur ce point, Carl est d’ailleurs celui qui décroche la palme de l’évolution la plus positive puisqu’après ses précédentes péripéties chez les Chuchoteurs, il fait ici preuve d’une grande retenue. Plus que cela même, il suit le sillon de son père et montre des qualités de leader en suppléant Maggie à la tête des survivants de la Colline lorsque celle-ci doit s’absenter.
Là-bas, face à la horde de milliers de corps titubants, c’est à la fois la confiance, la loyauté et l’expérience du terrain qui permettent aux groupes d’Andréa, Dwight et Michonne de faire la différence. Face à une situation inédite, ils doivent faire preuve à la fois d’ingéniosité et d’audace pour construire la stratégie de la dernière chance et bien que l’issue du combat contre les zombies m’ait laissée sur ma faim par manque de “grandeur”, il faut bien avouer que le choix est intéressant du point de vue stratégico-militaire et qu’il atteste du long chemin parcouru jusqu’ici par les survivants. Définitivement, nous n’avons plus affaire à des bleus mais à des durs à cuire.

La violence, c’est has been

Attention néanmoins, le dur à cuire de The Walking Dead n’est pas le héros sans sentiment que rien ne fait trembler, au contraire. Les survivants semblent devoir en partie leur force à la démonstration de leurs faiblesses. À l’image de l’action de ce tome, amour et amitié sont en effet au cœur de tout ce pourquoi ils se battent et Kirkman prend d’ailleurs le temps de détailler l’énergie que doivent déployer certains personnages pour affronter les épreuves de la mort de ceux qu’ils aiment.

C’est justement à l’éclairage de tout cela que la trahison de Sherry m’a semblé des plus intéressantes. Sherry et les quelques fidèles qui la suivent sont les outsiders du tome. Incapables d’apprécier la valeur de ce que le réseau de communautés a mis en place, ni d’évoluer dans le même sens que les autres, ils se rabaissent jusqu’à attaquer leurs alliés affaiblis. Ils sont d’autant plus ridicules dans cette tentative qu’ils se retrouvent confrontés à leurs anciens leaders, Dwight et Negan. Un Negan qui lui aussi a évolué à sa propre façon et qui nous surprend pour les mêmes raisons qu’il peut nous décevoir. Là encore, nous nous trouvons tout autant confronté à l’envie de retrouver le badass du temps jadis qu’à celle de découvrir les autres facettes de sa personnalité. Le nouveau Negan que nous apprenons à connaître aujourd’hui perdra-t-il en charisme ? C’est très probable, mais je reste néanmoins curieuse de voir le résultat de son évolution car c’est peut-être sur des aspects comme celui-ci que Kirkman saura tirer son épingle du jeu.

Comme ce tome 28 semble l’affirmer : le temps des bagarres dignes des cours d’école est donc a priori terminé. Nos héros sont toujours imparfaits mais leur capacité à s’adapter et à suivre n’a cessé de croître dans ce monde post-apocalyptique. Ainsi armés contre le nouveau monde, ils sortent presque sans surprise vainqueurs des épreuves les plus considérables.
Néanmoins, une question subsiste à l’issue de la lecture de Vainqueurs : que nous réserve la suite ? Si l’on en croit les indices laissés par Kirkman jusqu’ici, il est probable qu’Eugène ou Carl initient de nouveaux rebondissements, et c’est une bonne nouvelle. En revanche, sachant que les comics ne renoueront probablement jamais avec leur fougue des débuts, il est certainement temps de laisser de côté la nostalgie pour accepter que toutes les bonnes choses ont une fin et surtout que le changement peut aussi avoir du bon si on se donne la peine de lui donner un sens.

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2 commentaires

  1. Alexia dit :

    Le 4 octobre, quand je suis allée le chercher, je n’étais pas la seule à l’acheter. En effet, à la caisse, devant moi, il y avait trois personnes qui le prenaient aussi. Ça m’a fait sourire, trop impatient de le lire.
    Bref, donc je n’ai pu continuer ma lecture car il fallait que je lise la suite de TWD. Mon impatience me perdra. Donc après l’avoir dévoré, je dois dire que je suis assez déçue par certaines choses. La première est Negan. Ce mec a fait un carton et d’ailleurs, tout le monde est fan de ce personnage malgré ses tueries (comme quoi, on est bien timbré aussi). Mais là, je trouve qu’il perd de sa superbe. Même si il garde son vocabulaire en dessous de la ceinture, on a l’impression qu’il est tombé amoureux de Rick, comme si il le vénérait. Moi, ça me bloque. Alors oui, il commence à s’ouvrir pour qu’on apprenne des choses sur son passé, mais je trouve que ce changement ne me plait guère. J’ai l’impression qu’il va mourir bêtement dans un futur tome. Ensuite, pas beaucoup de perte, malgré tous les morts vivants qu’il y avait. Je ne demandais pas non plus des tonnes, mais là, ils sont devenus super fort.
    Le passage où ils se séparent pour attirer les zombies hors et les faire plonger, ça me fait penser à un passage de la série, je ne sais plus quelle saison… la cinq, je crois, mais au lieu des chevaux, ils sont en moto et voitures. Même chose pour Andrea.
    Notre petit Kirkman commence-t-il a avoir du mal à trouver de bonne fin pour certains personnages ou à les faire évoluer ? Attention Kirkman, les malheurs marchent mieux que le bonheur. Si TWD se transforme en Ouioui, ça ne va pas le faire.
    Malgré ça, j’ai comme même apprécié la lecture et aussi la façon des cases, parfois, on a deux pages pour le dessin, ou alors plusieurs cases. La transformation d’Andréa, même si c’est en noir et blanc, on voit les changements. J’aime vraiment les dessins d’Adlard.

  2. Brice MadBikette dit :

    Pour ma part; cela peut paraître étrange, mais ce tome m’a beaucoup plu.Bien plus qu’avec les derniers sortis, j’ai ressenti qqch en le lisant.
    Negan, ce putain de Negan…j’aime beaucoup l’idée de le voir changer et je trouve que le personnage gagne en profondeur. Il n’est plus un simple psychopathe ordurier, et j’aimerais voir le groupe commencer a l’accepter pour ce qu’il est devenu, et non plus pour ce qu’il a été.
    L’alchimie quoi que différente entre Rick et lui, tient toujours en haleine.
    La gestion des vagues de rôdeurs en revanche me laisse un gout un peu amer:cette horde monstrueuse aurait du faire bcp plus de dégâts que cela.On voit les rôdeurs passer sagement a coté des fenêtres sans en briser aucune, très respectueux des lieux… On en arrive au point de se demander ou est le danger.
    La tragédie du milieux est là ,comme pour simplement rééquilibrer les choses et dire “si si c’est dangereux oulalah”.Du coup ce timing la rend moins crédible.
    Reste la réaction finale des protagonistes : j’ai trouvé la chose trés bien gérée.Avec un Negan qui arrive a nous faire sourire malgré la tension, Un Rick que l’on retrouve droit et charismatique. J’attend de voir la suite avec impatience .

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