Critique de Pandémie

the-flu-couv

Nous vous l’avions annoncé il y a quelques jours, The Flu, film coréen de Kim Sung-Soo sorti en 2013, est désormais disponible chez Wild Side en DVD sous le titre de Pandémie.
the-flu-jacquetteLongtemps mal aimés des cinéphiles, ou cantonnés à une niche de passionnés, les films asiatiques sortent des fourrés depuis quelques années et force est de constater que leur qualité de réalisation n’a plus rien à envier aux grands standards du box-office. Pandémie fait-il partie de ces films qui méritent le détour ? Nous allons tenter d’y répondre.

Toutefois balayons tout de suite un doute, nous ne sommes pas en présence ici d’un film de zombies, ni d’infectés mais bien d’un film catastrophe montrant une ville touchée par une variante du virus H5N1. Les malades sont justes malades, et meurent bien comme il faut.
Alors en quoi ce film nous concerne nous, passionné(e)s de chair putréfiée ? Eh bien,  malgré le travers de ne pas faire revivre ses morts, nous retrouvons des notions propres au genre : écroulement de la société, peur de l’autre et survie dans un environnement jadis familier et devenu hostile. De plus le réalisateur va au-delà du simple film bête et spectaculaire et propose une vraie démarche politique et sociale. Difficile de cracher dessus.

the-flu-supermarche

Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, laissons donc parler le marketing avec ce pitch :

“Près d’une grande métropole, la police découvre, entassés dans un container, des dizaines de corps putréfiés victimes d’un mal mystérieux. Au même moment, un passeur de clandestins, atteint d’un virus inconnu, décède à l’hôpital. Quelques heures plus tard, les urgences de la ville croulent sous l’afflux des malades. le chaos s’installe.
Afin d’enrayer la propagation du virus, les autorités imposent  une mise en quarantaine. Tous les habitants sont confinés en zone de sécurité. La tension monte. Certains vont risquer leur vie pour sauver leurs proches, d’autres vont risquer celle des autres pour sauver la leur. Pendant ce temps, un survivant du container court dans la ville…”

Nous suivons tout au long du film un pompier volontaire qui s’entiche d’une médecin et de sa petite fille dans leur quête pour trouver le patient zéro, celui qui possède dans son sang les anticorps nécessaires à la fabrication d’un vaccin. Nous sommes donc ici dans la plus pure lignée du film “sanitaire”, tel que Contagion de Steven Soderbergh.

La première surprise vient de la réalisation qui est tout bonnement fantastique. Les caméras sont maîtrisées et la photographie parfaite. Les scènes de mouvement de foule sont réalistes et nous plongent avec efficacité au coeur de cette ambiance de fin du monde. Les camps, dans lesquels sont parqués les citoyens, sont poisseux et oppressants. Comme dit en introduction, nous sommes clairement face à superproduction destinée autant à faire des entrées dans son pays d’origine qu’à s’exporter à l’étranger pour montrer le savoir faire de la Corée du Sud en matière de cinéma, et cela se ressent.

The-flu-je_suis_triste

Nous touchons d’ailleurs ici du doigt une des faiblesses du film, qui est toute personnelle : le coréen. Non pas que les acteurs jouent mal, au contraire, mais pour quelqu’un qui ne le pratique pas, le coréen est excessivement difficile a appréhender. Les sons et les intonations sont totalement différents des langues indo-européennes que nous sommes habitués à entendre et, même avec les sous-titres, il est difficile de faire la différence entre la plaisanterie et la joie, voire parfois la tristesse, dans certaines répliques. Les versions doublées sont bien entendues encore pires, car les phrases ne faisant pas la même longueurs, les doublages sont soit complètement faux par rapport à la VO, soit décalés des mouvements de lèvres, rendant le visionnage pénible. Heureusement l’action est très présente et limite le décrochage du spectateur.

Une autre faiblesse vient de certains personnages, particulièrement irritants voire insupportables. La petite fille par exemple, qui joue pourtant un rôle prépondérant dans le film, nous fait parfois mourir de culpabilité d’avoir envie de la voir mourir de la maladie. De même, le frère du pompier, qui passe son temps à hurler, fait regretter d’avoir investi dans un home cinéma.

The-flu-petite-fille-stressante

Et pourtant… quelque chose se passe avec ce film, notamment grâce à un scénario malin montrant les coulisses du pouvoir Sud-Coréen qui doit décider du sort des habitants de la ville infectée. Nous assistons en effet à l’affrontement entre le maire de la ville, le premier ministre, le président et l’émissaire américain, chacun ayant en tête les intérêts de sa juridiction et de sa carrière. Ils sont ainsi incapables de choisir entre quarantaine, destruction pure et simple de la ville ou recherche d’un vrai vaccin. Le corps médical, incarné principalement par l’héroïne côté terrain et un professeur de médecine côté pouvoir, se retrouve le bec dans l’eau, personne ne les écoutant.
Au travers de ces personnages, Kim Sung-Soo illustre bien la volonté de certains politiciens de défendre leur petit pré carré, même dans un monde qui risque de se déliter, tandis que la présence envahissante de l’émissaire américain dénonce la mainmise des États-Unis sur les décisions militaires du pays. A ce titre, les USA ont en permanence près de 30000 soldats stationnés dans le pays, et, en temps de guerre, ils prendraient, dans le cadre d’un accord bilatéral, le contrôle des troupes armées du pays. Cet accord, dont le gouvernement Sud-Coréen souhaite la renégociation, est d’ailleurs clairement dénoncé dans le film et offre une de ses meilleures scènes.
Et c’est bien ici la force de Pandémie : offrir une situation extrêmement réaliste (une épidémie comme Roselyne Bachelot en rêvait) et dépeindre ce qui pourrait réellement arriver. Nous ne sommes pas ici dans un film de SF ni d’épouvante mais bien dans un film d’anticipation.

the-flu-rencontre

Reste toutefois un dernier écueil… l’histoire d’amour entre le pompier et la toubib… mais pourquoi diable faut-il toujours une histoire d’amour (sans nichon, pudeur asiatique oblige) pour venir gâcher le plaisir d’un monde détruit ? Cette amourette offre des scènes sirupeuses et lourdingues (d’autant plus longues qu’on ne comprend pas grand choses aux dialogues, cf plus haut), et casse sans cesse un rythme pourtant bien mené.

C’est vraiment dommage car sans cette histoire et certains personnages ratés, nous tenions ici un grand film catastrophe, capable de nous faire découvrir intelligemment une autre culture confrontée à une crise sanitaire inégalée.

Share Button

Vous pourriez aussi aimer

7 commentaires

  1. Sei dit :

    Visionnage rapide en vf, grosse erreur, il faudra que je me procure le dvd pour une bonne vo plus potable. Pour l’histoire d’amourette, elle reste encore soft connaissant le gnagnatisme des dramas, bien à la mode en Asie. Ce fut ma bonne surprise du jour, l’épidémie qui se propoagande, le gouvernement qui tente de limiter la propagation, les quarantaines, les décisions aux sommets où chacun défend son bout de gras, éviter que les infos filtrent aux yeux du monde. Et finalement voir les sud-coréens tenir tête pour faire passer à travers ce film un message.

  2. Fredd dit :

    Visonnnage fini egalement et….. Deception….
    Film regardé en VF et soyons honnete, cela nuit au visionnage, tant les dialogues semblent sorti d un DVD de “La maison de Mickey”.

    ATTENTION SPOIL:
    Si l histoire et le rendu PANDEMIQUE sont tres bien orchestrer et que l on se rapproche (sans aucun doute) de ce qui pourrait etre fait en realite, je reste tout de meme assez perplexe sur leur capacite a endiguer l epidemie aussi facilement….
    Ceci peut etre du chipottage mais voir qu aucun habitant ne cherche reelement (il y a quand meme de la rebellion dans l air) a s enfuir du camp me laisse confus….
    Je mettrai donc ca sur le compte de mon cote Franchouillard, anti-conformiste….

    Pour le reste:
    J ai beaucoup aime le cote, affrontement froid, medecine contre politique, on voit une maitrise du sujet, et cela tiens la route. L illustration est meme completer tout au long du film par les mesures sanitaires prises par ses dernierset qui font mouchen tant elles sont proches d une realite “qui pourrait etre”.

    Ce qui m a fortement deplu est principalement compose par le jeu des acteurs mais surtout, le manque de charisme des heros….
    En effet, des la scene d introduction des personnages principaux, celle du sauvetage de l heroine prise au piege dans sa voiture, et du heros sauveteur; on se retrouve face a une jeune femme totalement sous crack qui pense plus a la survie de son sac et sa jupe, qu a sa propre existence?!…
    Ajoute a ca, la scene suivante (le sauveteur de retour en mode “civil”, affuble d une paire de lunette cul-de-bouteille, qui disparaisse 30s apres ) et vous vous demandé si vous n avez pas glisse le DVD de Shaolin Soccer dans le lecteur….

    En plus, vient s ajouter une gamme de personnages loufoques, inutiles (qui revienne tout au long de l histoire) et dont on devine leur role dans le cheminement du film (Le bad guy, l ex gradé militaire infecté, le patient Zero, le collegue obsede et j en passe…).
    Ses personnages viennent au final plombé le film, par leur lourdeur….

    Le dernier point qui m a vraiment deplu (encore plus que les personnages!!), c est ce contact permanent des heros avec le virus (H5N1 tansmisible a l homme tout de meme) !!….
    On parle ici d un virus tres actif, tres contagieux et on se rend rapidement compte qu il aurait du etre infecte au moins 40 fois!! (je pense en particulier a la scene ou le “bad guy” envoie le sang de son frere sur a peu pres tout les cm² carré de la d operation et donc, sur le visage de l heroine).
    Et quand on sait que leur but est de trouve l anti-virus, on se demande pourquoi il n on pas pensé a prendre un peu de leur sang pour le produire tant leur resistance a ce dernier semble eleve!!

    Au final, c est un film qui se laisse voir pour son cote “Realite anticipee” mais qui oublie qu un film, c est aussi des personnages a travailler au moins autant que le reste….
    Ma NOTE: 8.5/20

    1. Johnny dit :

      C’est plutôt ton orthographe qui fait penser à “La maison de Mickey”… Peut-être que lire un peu plus au lieu de regarder des écrans te ferais dire (ou écrire) moins de bêtises…

    2. Justworld dit :

      Et t’a jamais penser a l’himunité contre le virus je vois que tu te pleins beaucoup du film et du jeu des acteurs mais tu prend même pas en compte comme dit plus haut la barrière de la langue et puis la plupart du temps le coréen traduit en français est completement inégal car mal traduit et interpréter d’ou l’utilité de regarder un film coréen en sous titre.

      Bref contrairement à toi je leur tire mon chapeau car pour moi ce film est une réussite que ni les américains ni les french ( car ils en sont très loins ) n’ont encore obtenu au niveau réalisme.

      J’ai vu des tas de films coréen et tu peu me croire en VO et en VF une grosse différence réside fait le test un peu et tu vérra.

  3. Trixie dit :

    Les avis sont partagés et les fautes d’orthographes légitimes, l’inimité n’est pas utile.
    Merci pour vos critiques, cela a confirmé mon doute, c’était inégal et ennuyeux j’ai du zapper au bout d’une demi heure. =/

  4. Craz dit :

    Non! moi j’ai adoré. :p

  5. The Artful Dodger dit :

    Très bon film pour une raison principale : il montre combien tout peut partir en sucette en quelques heures, même dans une société ultra civilisée comme la Corée (on imagine le bordel en France ; les gens s’entre-tueraient au bout de cinq minutes…) et combien les politiciens sont prêts à tout, et pas seulement pour de “bonnes” raisons (la protection du pays étant une bonne raison). Les scènes dans le stade sont apocalyptiques ! L’impression générale, malgré le happy end convenu, est flippante : le jour où ça arrivera, nos “élites” m’hésiteront pas à massacrer la population contaminée…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *