Critique d’Apocalypse Z Tome 3 : La Colère des Justes

bandeau Apo Z T3

Manel Loureiro nous régale depuis ce début d’année avec sa saga Apocalypse Z désormais célèbre chez les aficionados français de zombies. En janvier dernier, puis en juin, nous découvrions ainsi avec un grand plaisir les deux premiers tomes et c’est en ce mois de novembre que les éditions Panini Books via leur label Eclipse nous proposent enfin la traduction du troisième et dernier tome de la saga. Les deux premiers s’étaient révélés être très bons, c’est donc fébrilement que nous avons parcouru le dernier. Alors Manel Loureiro finit-il sa saga brillamment ou ce troisième tome, La Colère des Justes, est-il celui de trop ?

Nos héros, après avoir fui les Îles Canaries en bateau, doivent faire face à une tempête qui risque de sceller définitivement leurs destins. Ils sont sauvés in extremis par l’équipage d’un pétrolier, appartenant à une communauté chrétienne qui va se révéler bien moins salutaire qu’elle n’y parait.
Débarqués aux États-Unis, dans une ville préservée du chaos nommée Gulfport, ils vont devoir une nouvelle fois se démener pour survivre à la fois aux zombies mais aussi à la folie humaine. Ce périple les emmènera bien plus loin qu’ils ne sont jamais allés…

couverture apo z T3Avec ce troisième tome, Manel Loureiro a donc décidé de nous emmener loin des côtes européennes et plante le décor aux États-Unis, abandonnant ainsi un des intérêts que nous avions trouvés aux premiers récits. Ce n’est en soi pas un mauvais choix car l’auteur utilise ici avec brio un aspect intéressant de la culture et de l’histoire américaine (pas le meilleur certes) : l’aliénation des populations. Il dépeint donc une communauté chrétienne blanche et raciste revenue aux temps de l’esclavage et de la ségrégation raciale. Elle est menée d’une main de fer par un gourou illuminé, le révèrent Greene. Ce fanatique tient sous sa coupe, les hilotes, regroupement des populations noires, hispanos, indiennes et asiatiques, qu’il n’hésite pas à contrôler par des purges au sein des ghettos qui leur sont réservés. Loureiro fait d’ailleurs ouvertement référence à l’extermination des juifs par les nazis dont il s’inspire ici, ne serait-ce que dans le tire de ce tome.

Nos héros sont alors pris entre deux feux : aider cette population opprimée ou profiter du confort d’être du côté des oppresseurs. C’est l’occasion pour l’auteur d’en dire plus sur l’évolution des personnages principaux. Ainsi, les prises de positions morales de notre héros espagnol sont moins franches qu’auparavant et sans pour autant se montrer inhumain, il s’avère capable de s’accommoder de situations amorales pour éviter de mettre, lui et ses amis, en position délicate ou dangereuse. Cependant, la prudente accommodation de l’avocat à la situation (contribuer à cette collectivité raciste) s’oppose de plein fouet à la jeunesse idéaliste et entière de sa petit amie Lucia. Avec cette dualité, les personnages gagnent alors encore en profondeur et le récit se voit doter de bon nombres de situations périlleuses.

Il est en revanche dommage que ce traitement ne soit pas appliqué aux personnages secondaires qui, s’ils ne sont pas creux (comme l’officier Strangärd, ou Malachi Grape), sont caricaturaux au possible (le revérent Greene, le capitaine Birley ou encore le scientifique Ballarini). En effet, plus d’une fois les personnages se dévoilent maladroitement, presque par bêtise et imprudence, ce qui apparaît peu crédible et dessert le récit par son côté guignolesque.

De même, j’ai une nouvelle fois eu l’impression que Loureiro recourait à un artifice pour étoffer son roman. Il a ainsi ajouté une troisième faction, les militaires coréens dirigés par le colonel Hong, qui n’apportent pas grand chose au récit. Je n’en parlerais pas plus ici, n’y trouvant que très peu d’intérêt pour l’histoire, hormis peut être celui d’animer le récit par de l’action « militaire » ou de fournir des informations sur le virus et son évolution à l’échelle mondiale.
C’est d’ailleurs la partie dans laquelle les personnages sont confrontés personnellement à l’évolution du virus que je trouve la plus intéressante et sans rien dévoiler, Loureiro réussit à re-dynamiser le récit dont le rythme était jusqu’alors bien en deçà des deux tomes précédents. L’auteur bouleverse encore les personnages et les soumet à des déconvenues dramatiques.
Couverture ApoZ T3 VODans Le Début de la Fin et dans Les Jours Sombres, il nous avait conquis grâce à sa maîtrise du rythme et je l’attendais au tournant pour ce troisième roman mais, si la magie opère de nouveau, il faut attendre la moitié du récit (enfin !) pour que l’action augmente réellement à un rythme crescendo. Cette deuxième partie est ainsi beaucoup plus tournée vers l’action et contient son lot de situations délicates et tendues pour nos héros, nous menant à un final apocalyptique. C’est très réussi, nous avons l’impression que l’enfer se déchaîne sur Gulfport, nos héros y laissant d’ailleurs quelques plumes… ce qui n’est pas désagréable car Loureiro n’hésite pas, encore une fois, à bousculer le lecteur.

Pour terminer, je dois avouer que je n’ai pas compris pourquoi, dans ce tome, Manel Loureiro s’est mis en tête de mâtiner son récit d’éléments mystiques ou surnaturels. Ainsi, plusieurs fois, il évoque des phénomènes bizarres comme, par exemple, la douleur dans le genou de Greene qui lui révèle que des choses fâcheuses vont arriver. C’est amené comme un cheveu sur la soupe et a pour effet de laisser le lecteur dubitatif, dans l’incompréhension, puisque cela n’apporte rien au récit… Heureusement, ce n’est pas ce que l’on en retiendra.
Détail amusant, lors de l’épilogue, Loureiro livre enfin le prénom du héros qu’il s’était refusé à nous donner durant toute la saga.

Même si ce tome n’est pas le meilleur de la trilogie Apocalypse Z, Manel Loureiro démontre encore qu’il est un écrivain très doué. Malgré quelques artifices malvenus et quelques faiblesses dans le récit, il livre un très bon roman qui conclue une excellente saga. Avec ses trois premiers romans, il réussit le tour de force d’entrer dans la cour des grands auteurs qui se sont essayés au genre. Espérons qu’il nous régale encore et nous propose d’autres œuvres du même acabit.

À propos de l'auteur

Incapable de se faire comprendre par le genre humain, vif comme un cailloux roulant au fond d'une rivière, beau comme une olive verte oubliée au soleil, Baron Mardi s'est, il y a de nombreuses années, tout naturellement rapproché des zombies qu'il considère comme ses pairs. Il pense, parle et surtout sent le zombie. Bref, on peut dire que Baron Mardi aime le zombie. Détail troublant: Jusqu'à présent, il évite soigneusement de parler de ses goûts culinaires. Allez savoir pourquoi...

9 commentaires

  1. azog dit :

    moi je ne suis pas tenté car le tome 2 m’a beaucoup déçu.

  2. cheesecake dit :

    j’ai adoré le 1, bien apprécié le 2… je suis obligé de lire le 3 !
    En espérant que cela ne soit pas aussi décevant que Chroniques de l’armageddon T3…
    nan, ce n’est pas possible !!!

    1. Arnaud dit :

      Il est claire que le tome 3 de CDA n’était pas le meilleur, surtout le faite de passer d’un journal à une histoire, mais l’histoire n’en était pas moins passionnante.

  3. cheesecake dit :

    la disponibilité du livre semble être repoussée… vous avez des news ?

  4. sabine dit :

    Non il est disponible depuis le 19 je l’ai acheté en ebook sur Amazon

  5. cheesecake dit :

    je suis encore de ceux qui apprécient de tourner les pages ;)… Et le livre semble enfin dispo, je l’ai donc commandé !

  6. cheesecake dit :

    Enfin la fin de cette histoire qui m’a passionnée de bout en bout… Même si ce 3ème opus est en dessous des autres et en particulier du 1er tome !
    Mais nous retrouvons nos héros aux prises avec de bons vieux sudistes américains et un titre qui rappelle les justes de la 2nde guerre mondiale (l’analogie est présente dans un bonne partie du livre).

    Ça manquerait presque de zombies (en mode horde)…

    Enfin, une fin, pas bâclée, mais qui arrive rapidement… alors que peu de pages restent à lire, j’aurais aimé en savoir plus sur l’odysée des Nord-Coréens pour arriver à Gulfport… L’intégration de cette faction ne m’a pas choqué, au contraire, j’aurais aimé que cela soit plus développé.

    1. Arnaud dit :

      Totalement d’accord. Je trouvais les passage avec les Nord-coréen même dans les plus passionnant du livre.

  7. Brice Mad Bikette dit :

    J’ai clairement adoré le tome 1 et 2,le 3 tout en étant au dessous des deux premiers se laisse lire.L’incursion des Nord Coréens est discutable,elle n’amene pas grand chose au récit,mais ne le détruit pas non plus.Bref L’oeuvre de Loureiro se trouve parmi mes préférées du genre.Si le mossieur nous fait le plaisir de ressortir un roman de cette qualité,je signe,j’adhére,j’achete,les yeux fermé et le sourire aux lévres

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