Critique de I am a Hero, tomes 1 & 2

I am a Hero

Étant donné le succès des mangas et des zombies en France, I am a Hero de Kengo Hanazawa, publié aux éditions Kana alors même que le manga est encore en cours de publication au Japon, pourrait bien être le manga zombie que nous attendions. Jusque là il n’y avait que deux titres traduits en français vers lesquels nous pouvions nous tourner : Highschool of the dead et Le berceau des esprits. Si les deux ne sont pas dépourvus d’intérêts, il est quand même assez malheureux de voir les personnages féminins cantonnés à des rôles superficiels, à savoir montrer leur culotte de jeunes lycéennes. Par contre, bien que les trois mangas soient des seinen, les deux premiers tomes de I am a Hero, dont il est seulement question ici, prennent une voie très différente et se veulent plus sérieux, plus adultes.

A 35 ans, Hideo est un mangaka raté. Tout ce qu’il écrit est terriblement mauvais et la seule série qu’il a réussi à faire publier a été un échec commercial. Lorsqu’il travaille en tant qu’assistant d’un mangaka à succès, au milieu de collègues tout aussi névrosés que lui, il n’est qu’un otaku étrange qui multiplie les monologues insensés lorsqu’il dessine. Une fois chez lui, il est un homme solitaire à la vie perturbée par des hallucinations. Il a même un compagnon imaginaire, Yamaji, qui lui sert de confident et de conseiller. Mais malgré tout ça, il a un semblant de vie sociale puisqu’il entretient une relation amoureuse avec Tekko, une petite-amie aussi lunatique qu’exaspérante. Lorsqu’elle n’est pas ivre et en train d’humilier Hideo verbalement , elle ne cesse de vanter les mérites de son ex, un mangaka très talentueux, de quoi rendre fou Hideo qui ne demande qu’une chose : réussir.

I am a Hero

Ce train-train quotidien, entre son travail et ses visites chez Tekko, est le seul repère d’Hideo. Il ne connaît rien d’autre et lorsqu’il rentre chez lui, il est trop occupé à essayer de s’abstraire de ses hallucinations pour se tenir au courant de ce qui se passe à l’extérieur. Du coup, alors que les premiers signes d’une épidémie zombies apparaissent, son obsession pour son boulot, son désir de percer en tant que mangaka et ses hallucinations font qu’il ne se rend compte de rien. Pire encore, lorsqu’il ne fait plus de doute que la fin du monde est arrivée, Hideo est incapable de réaliser ce qui se passe. Mais alors que l’invasion zombie affecte tragiquement sa relation amoureuse avec Tekko et que ses collègues de bureau s’entre-dévorent, il devra bien finir par accepter la réalité telle qu’elle est et arrêter d’être un personnage secondaire de sa propre vie et en devenir enfin le héros.

La lecture des deux premiers tomes de I am a Hero est des plus prenantes. Le premier tome a pour but de nous présenter la vie d’Hideo, ce mec banal et visiblement sans avenir. Pourtant Kengo Hanazawa parvient à le faire d’une manière remarquable en jouant sur les tensions mentales d’Hideo. Épris de Tekko qui le rabaisse sans arrêt, avide de succès mais sans le moindre talent, affolé dès qu’il est en prise avec ses hallucinations, on plonge dans la vie d’un homme névrosé auquel on finit par s’attacher tant le sort semble s’acharner sur lui. En revanche, le tome 2, qui marque l’arrivée en force des zombies et la plongée dans l’horreur, introduit une rupture de ton. Après un tome de présentation, il est temps de voir comment Hideo va evoluer dans ce nouveau monde. Malgré tout, l’auteur parvient à maintenir la tension qu’il avait mise en place dans le premier tome en instaurant une nouvelle atmosphère lourde et apocalyptique. Les zombies sont assez vicieux, rapides et certains esquissent même des phrases de leur sépulture cérébrale. On se retrouve donc avec une histoire de survie, très prometteuse et prenante, qui diffère fortement de Highschool of the Dead, où tous les personnages, censés être des lycéens normaux, sont des super guerriers imbattables. Du coup, on se prend à s’inquiéter pour cet anti-héros qui semble si peu compatible avec la situation.

I am a Hero

Kengo Hanazawa a également réussi à glisser de manière très habile des éléments de critique de la société japonaise dans son récit. Par exemple, il est très surprenant de voir un mangaka critiquer si ouvertement le monde dans lequel il évolue, en montrant les rythmes acharnés auxquels les assistants sont confrontés et en critiquant, au travers du personnage d’Hideo, le fait que l’industrie du manga ne récompense socialement qu’une partie de ses acteurs. De la même manière, on comprend que les hallucinations d’Hideo incarnent le poids des échecs répétés d’Hideo dans un Japon, où le travail et la réussite professionnelle sont d’une importance majeure pour être reconnu en tant qu’individu. Il est d’ailleurs particulièrement intéressant de voir que lorsqu’Hideo doit affronter son premier zombie, Kengo Hanazawa a dessiné l’ami imaginaire d’Hideo tel un spectre en train de se dissiper, comme si la venue des zombies annonçait le début d’une vie où Hideo serait un véritable héros affranchi de l’échec.

Un mot quand même sur le dessin. Il est vraiment sympathique et agréable à lire même si parfois certains personnages, dont Tekko, ont le visage un peu difforme. Mais l’intensité du récit fait que l’on passe très facilement outre ce petit problème.

Ces deux premiers tomes plantent donc admirablement bien le décor en imposant une atmosphère de tensions perpétuelles, entre la vie sentimentale, les hallucinations et le travail d’Hideo. Ainsi, alors qu’Hideo explique que pour lui un grand manga est un manga qu’on lirait encore au bout d’un siècle, on ne peut pas être certains qu’on lira encore I am a Hero dans 100 ans. Mais quoi qu’il en soit il relève très largement le niveau des mangas zombies disponibles en France. Nous attendons donc avec impatience les suites prévues pour juin et août. Hideo deviendra-t-il le héros de sa propre vie ? Comment réagira-t-il à l’invasion zombie qui se dessine ? On a hâte de le découvrir.

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1 commentaire

  1. […] critique des tomes 1 et 2 est à découvrir sur le site My Zombie Culture spécialisé dans la culture […]

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