
2
Le culte venait de se terminer. Salomon se tenait devant un grand miroir encadré d’ornements en or et fixait le reflet d’une femme vêtue d’une longue robe blanche. Elle ne bougeait pas et ne disait rien. Elle se contentait de le regarder.
— Non ! dit l’homme avec tristesse. Je ne pourrais pas.
Il baissa les yeux en soufflant puis les releva.
— Vous en êtes certaine ?
Il patienta un instant et ajouta :
— Ok. Comme vous voudrez.
Carlos ouvrit brusquement la porte. Surpris, Salomon se tourna une seconde vers lui puis reporta son attention sur le miroir. La femme avait disparu.
— Qu’y a-t-il ?
— On a un gros problème ! répondit Carlos, le souffle court.
— Quoi qu’il y ait, mon ami, je suis certain que ce n’est pas aussi terrible que ton visage le laisse penser.
Carlos inspira profondément et dit d’une seule expiration :
— Deux de nos hommes ont été attaqués, Salomon ! J’ai été obligé de les abattre !
— Il y a des zombies en liberté dans l’enceinte du Sanctuaire ? demanda le révérend sur un ton accusateur. (Il nouait sa cravate autour de son cou en fixant le reflet de Carlos dans le miroir.) C’est ton boulot de les garder enfermés. S’il y a une faille dans la sécurité, c’est ta responsabilité.
— Je sais. Mais ce ne sont pas les zombies qui sont responsables !
Interloqué, Salomon se retourna en plissant le front.
— Comment ça ?
— Je pense qu’ils ont été attaqués par une personne bien vivante, Salomon !
— Tu penses à quelqu’un en particulier ?
— Oui. À cette femme que Taggart et Marcus devaient escorter. Elle n’est pas dans la cellule.
***
Le révérend suivit Carlos jusqu’au hangar, d’un pas décidé. En entrant, une odeur putride envahit brusquement ses narines. Il se couvrit le nez.
La camionnette était au milieu du bâtiment et les zombies à l’intérieur s’étaient calmés. On entendait seulement leurs ronronnements incessants. Salomon vit les deux corps gisant sur le sol et baignant dans leur sang. Il s’approcha de Taggart et s’accroupit au niveau de sa tête. Il se mit à lui caresser tendrement les cheveux en murmurant :
— Repose en paix, mon ami. Dieu est avec toi, à présent. (Il s’adressa à Carlos.) Tu penses qu’ils ont été mordus par cette femme ?
— J’ai été avec eux toute la journée. On a bien travaillé près de l’enclos, tout à l’heure, mais s’ils s’étaient faits mordre à ce moment-là, je l’aurais vu.
— Avec qui d’autre ont-ils été en contact ?
— À part moi, personne, répondit Carlos.
— Donc elle leur aurait transmis le virus, pensa à voix haute le révérend en fixant le visage blafard de Taggart.
Carlos opina de la tête. Salomon se redressa et sortit un mouchoir en papier de la poche de son pantalon. Il ramassa la langue arrachée de Taggart et la leva au niveau de ses yeux.
— Regarde-moi, ça ! dit-il avec étonnement.
Carlos s’avança timidement vers le révérend et se pencha au-dessus de son épaule.
— La bouche d’un zombie, poursuivit Salomon, est naturellement infectée de bactéries et de germes en tout genre. C’est la décomposition du corps qui veut ça. Si Taggart s’était fait mordre par un zombie, des pustules se seraient formées sur sa langue et sa bouche souffriraient de sévères lésions cutanées. Hors là, ce n’est pas le cas. La blessure est nette.
Il jeta le morceau de langue sur le sol ainsi que le mouchoir en papier avec dégoût. Il se frotta ensuite les mains en ajoutant :
— Si c’est cette femme qui est responsable de ça, alors, mon ami, elle a un immense pouvoir ! (Il réfléchit quelques secondes et repensa au reflet de la femme vêtue de blanc.) Il faut la retrouver, Carlos. Je pense savoir pourquoi notre Seigneur l’a conduite jusqu’à nous !

3
Sarah fuyait, la respiration haletante. Elle trébucha et tomba sur un tas de feuilles mortes. Elle se releva aussitôt et se remit à courir. Le clocher de l’église se dressait derrière elle, émergeant au-dessus des arbres. Le Sanctuaire s’éloignait à chacun de ses pas.
Elle sortit du bois et entra dans une clairière. L’enclos, où Taggart et Marcus, accompagnés de Carlos, avaient capturé les zombies dans la camionnette, se trouvait devant elle. En voyant Sarah, les zombies se massèrent contre le grillage et tendirent mollement leurs bras en gémissant. La jeune femme s’arrêta face à eux.
Elle se rappela tout à coup ce que Patric lui avait dit à propos des pratiques ignobles du révérend Salomon. Son visage s’assombrit. Puis elle repensa à la fillette sacrifiée sur l’autel de l’église. Un sentiment de haine envahit son corps. Sarah ne pouvait pas s’enfuir et laisser ces zombies en sachant que le reste du groupe leur servirait de repas. Et pour la fillette, elle devait les détruire.
Elle entra dans l’abri de jardin adjacent à l’enclos. Elle y trouva ce dont elle avait besoin : un bidon d’essence posé au sol et une boite d’allumettes rangée sur une des étagères. Elle ressortit et se posta face aux zombies.
Les visages collés contre la clôture, les monstres grognaient. Certains mordaient le grillage, d’autres le secouaient bruyamment. Leurs grands yeux étaient rivés sur Sarah et leurs bouches se tordaient à chacun de leur grognement. La jeune femme déboucha le jerricane et aspergea les macchabées. Ces derniers ne réagirent pas. Ils râlaient furieusement.
Sarah craqua une allumette et la jeta dans la mêlée. Le feu prit aussitôt et se propagea en une fraction de seconde à l’ensemble des zombies. La chaleur ne semblait pas les arrêter. Absorbés par les flammes, les monstres continuaient à s’agiter contre la clôture. Une forte odeur de chair brûlée se dégagea des créatures et une épaisse fumée noire s’éleva au-dessus de l’enclos. Sarah comprit qu’elle ne devait pas rester là. Elle jeta le jerricane sur les zombies en feu et les flammes grossirent brusquement. Elles enveloppèrent bientôt l’enclos et l’abri de jardin.
Sarah fixa le brasier quelques instants. Elle était comme hypnotisée par les mouvements ondulatoires des flammes. À l’intérieur, les zombies se consumaient peu à peu. Leurs peaux avaient noirci et leurs chairs, d’un rouge presque étincelant, se liquéfiaient sous l’effet de la chaleur. Leurs yeux avaient fondu. Une sorte de liquide verdâtre s’écoulait de leurs orbites. Sarah les regardait se faire dévorer par le feu. Les zombies s’étaient regroupés pour ne former qu’un amas de corps en fusion. Ceux dont la cervelle n’avait pas totalement brûlé tentaient de bouger un bras, d’incliner une tête ou de claquer des dents.
Quand la jeune femme reprit ses esprits, les flammes faiblissaient déjà. Elle s’éloigna de la clairière.
Après plusieurs minutes passées à courir sur un sentier cahoteux, Sarah pensait être tirée d’affaire. Le Sanctuaire était loin à présent. Le clocher de l’église n’était plus visible. La jeune femme s’arrêta quand elle parvint au bout du chemin. Devant elle, se dressait un canyon, profond d’une cinquantaine de mètres.
— Merde !
Elle comprit alors pourquoi les fidèles pouvaient circuler librement dans les rues de la ville. Le Sanctuaire était érigé sur une île fluviale séparée du reste du continent par une rivière aux eaux tumultueuses. Les zombies étaient incapables de traverser.
Sarah se rapprocha du bord et plongea les yeux dans le vide. En contrebas, la rivière serpentait entre les deux reliefs. Elle ne pouvait pas sauter. Elle longea alors le bord et aperçut un pont métallique, un peu plus loin. La passerelle reliait les deux côtés du canyon. Mais arrivée à sa hauteur, la jeune femme se rendit compte qu’elle était fermée par deux grandes plaques de fer soudées au pont et verrouillées par une grosse chaîne. Elle tira dessus mais l’attache était solide.
Un 4×4 noir apparut tout à coup sur une colline. Le véhicule fonçait sur Sarah en soulevant de la poussière. Elle prit alors appui sur le cadenas, voulant escalader les plaques de fer, mais son pied glissa alors que le véhicule gagnait du terrain. Elle retenta sa chance. Le 4×4 parvint aisément à sa hauteur et s’arrêta en dérapant derrière elle. Deux hommes s’élancèrent à l’extérieur en agitant dangereusement leurs fusils devant eux. L’un d’eux se précipita sur la jeune femme qui avait enjambé les plaques et la tira violemment en arrière. Elle chuta au sol.
— Ne bouge plus ! lança furieusement le type en la braquant.
Sarah leva les mains en haletant. L’autre type prit un talkie-walkie dans la boite à gant du 4×4 et dit :
— On l’a retrouvée, Carlos !
— Parfait, répondit une voix au milieu des grésillements. Ramenez-la au Sanctuaire. Salomon veut la voir immédiatement.
— Bien reçu.
L’homme s’avança vers Sarah et lui mit un violent coup de crosse dans l’estomac.
— Ça, c’est pour Taggart et Marcus ! lui lança-t-il en la voyant s’écrouler au sol.
— Attends… balbutia Sarah.
Le type la releva sans ménagement et ajouta :
— Si Salomon ne te voulait pas vivante, je t’aurais déjà collé une balle dans la tête !
— Je ne peux pas retourner là-bas !
— Ferme-la et monte !
Sarah s’exécuta. Le type referma la portière derrière elle et rejoignit son complice à l’avant. Le véhicule prit ensuite la direction du Sanctuaire.
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1 commentaire
Pas de commentaire les mordus… Allons, vous pouvez faire mieux que ça!