Critique de In Vitro de Paul Mannering

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Encore une fois, Panini Books vient bousculer le confort de cette douce saison d’automne en nous apportant notre dose de notre matière préférée : le zombie. C’est en effet le 14 octobre dernier que sortait enfin In Vitro, la version française de Tankbread, une saga zombie comptant déjà trois volumes chez nos amis anglophones. Son auteur, le néozélandais Paul Mannering, ayant reçu nombre d’éloges parmi les adeptes de la littérature d’horreur, nous l’avons donc parcouru avec intérêt.

“Il y a 10 ans, l’humanité a perdu la bataille. Désormais des zombies intelligents, les evols, règnent sur le monde. Pour les nourrir et assurer ainsi leur survie, les derniers “humains” ont créé des clones appelés Becquetaille. Un homme erre à travers le désert Australien et mène une ultime tentative pour éradiquer la menace zombie. Il a pour unique compagne une jeune fille nommée Elle qui est une Becquetaille…”

Le moins que l’on puisse dire, à la lecture de ce pitch, c’est que le scénario semble différer de ce que nous avons l’habitude de lire. Ici les zombies ont pris le pouvoir, une façon plutôt originale de traiter notre sujet favori. Reste que les autres éléments eux, ne semblent pas briller par leur originalité : un héros viril, un faire valoir féminin, une quête héroïque pour sauver l’humanité. Voyons donc cela de plus près…

in vitro tome 1 paul manneringLa première chose que j’ai remarquée, lorsque j’ai parcouru la première centaine de pages, est que Paul Mannering a fait le pari, pour lancer son roman, de se reposer sur des bases solides mais éculées depuis des années.
Le personnage principal est ainsi un coursier téméraire qui honore des contrats pour s’assurer de pouvoir profiter du jour suivant. L’archétype du mercenaire solitaire des films post-apo depuis les années 80, véritable action hero. En fait, même si le personnage principal ne dévoile jamais son nom, on pourrait facilement lui prêter celui de Snake Plissken, Riddick, ou Mad Max, autre héros ténébreux australien. L’utilisation de ces clichés cinématographiques est toutefois très bien exploitée et j’ai retrouvé avec plaisir le sel inhérent à ce genre de spécialiste de l’embrouille et de l’action.

Dans le monde décrit par Paul Mannering, du moins à Sydney, les humains sont donc réduits à une minorité qui survie en s’accommodant d’un statu quo précaire. Les zombies sont devenus les maîtres de ce monde et le choix est restreint : travailler pour eux ou lutter pour éviter de servir de repas. C’est d’ailleurs un des éléments principaux de l’histoire puisque des scientifiques ont réussi à mettre au point un système qui garantit la pérennité de l’espèce humaine : ils fournissent aux zombies des becquetailles, clones humains uniquement destinés à servir de nourriture. Ce point là de l’histoire est notamment développé lorsque notre action hero se retrouve en compagnie d’une becquetaille qu’il décide de sauver et qui va se révéler être un enjeu de taille dans la lutte pour la survie de l’humanité. Encore une fois, le cliché n’est pas loin et Elle, la becquetaille, est très clairement inspirée de Leeloo de Le Cinquième Élément.

tankbread tome 1Une fois les bases de l’histoire posées, Paul Mannering nous fait donc voyager d’un bout à l’autre du pays des kangourous et des wombats. Je tairais volontairement le contenu de ce road trip(es) post-apo, vous laissant pleinement profiter des rebondissements du récit. Je dirais simplement que l’auteur m’a rapidement rassuré sur la qualité de son œuvre. Il s’approprie en effet les codes du genre à merveille et la qualité de son récit tient en partie à ses descriptions efficaces tant des lieux que des scènes d’action. Il fait également preuve d’un humour bien dosé à travers les personnages principaux. Les dialogues sont bien sentis, en parfaite adéquation avec la personnalité du héros et j’ai pris plaisir à suivre les échanges entre les personnages ou les introspections du coursier parfois véritable anti-héros.

En fait, le récit de Paul Mannering est comme son héros : sans fioriture, efficace et brutal. Âmes sensibles s’abstenir, les descriptions sont parfois crues et les situations loin d’être manichéennes. Le héros, attachant la plupart du temps, peut se révéler être une belle ordure. L’humour est cependant présent durant tout le récit, même lors de scènes que beaucoup qualifieraient de « trash ». Tout n’est cependant pas sur le même ton. En effet, l’auteur nous glisse subrepticement de petits moments de sensibilité qui sonnent souvent juste. On peut aisément croire que les survivants d’une apocalypse zombie puissent avoir ce genre de réflexions nostalgiques.

Paul ManneringLe roman de Paul Mannering, bien qu’étant très agréable à lire, pèche toutefois sur quelques points importants. Le récit a les défauts de ses qualités. Le plus gros reproche serait le côté répétitif du roman avec une succession de tableaux aux schémas très classiques. On alterne ainsi les rencontres d’alliés ou d’ennemis qui se terminent invariablement, et souvent trop rapidement, en bain de sang. Peu importent les rencontres que les personnages principaux vont faire, on ne peut s’y attacher, elles succombent la plupart du temps en moins de 5 pages. L’auteur ne s’encombre ainsi pas de personnages secondaires et prive son récit d’une matière première intéressante. De même, certains personnages charismatiques présentés en début de roman, comme Josh ou Yoo-sang, l’évol commanditaire, manquent cruellement de consistance et sont aux abonnés absents une très bonne partie du roman. J’aurais apprécié les voir émailler le roman de leur présence.
L’absence de “grand méchant” charismatique fait donc cruellement défaut à ce récit qui puisait pourtant clairement son inspiration dans les classiques de la culture “action anti-héros” et qui fait finalement l’impasse sur un élément indispensable de ce genre. Cela constitue à mon sens le grand loupé de l’auteur.
Je suis également resté sur ma faim car Paul Mannering n’exploite pas du tout, du moins pas dans ce premier roman de la saga, le concept de zombies “intelligents”. L’idée est tout juste abordée en début et en fin de roman avec quelques passages laissant entrevoir les capacités des évols mais sans jamais les mettre en valeur alors qu’ils le mériteraient pleinement…

In Vitro de Paul Mannering est donc l’exemple parfait du roman de zombies qui pourrait être adapté avec succès au cinéma tant il s’inspire de grands classiques aux (anti-)héros bourrus dont les aventures nous ont fait trépider. Pour autant, il manque au récit une profondeur qui aurait pu être en grande partie amenée par des éléments cruellement absents comme un antagoniste emblématique, ou une présence plus importantes des évols, à peine exploités ici. Espérons donc que Panini Books nous proposera rapidement la suite de la saga en français pour savoir si l’auteur a su rectifier le tir.

À propos de l'auteur

Incapable de se faire comprendre par le genre humain, vif comme un cailloux roulant au fond d'une rivière, beau comme une olive verte oubliée au soleil, Baron Mardi s'est, il y a de nombreuses années, tout naturellement rapproché des zombies qu'il considère comme ses pairs. Il pense, parle et surtout sent le zombie. Bref, on peut dire que Baron Mardi aime le zombie. Détail troublant: Jusqu'à présent, il évite soigneusement de parler de ses goûts culinaires. Allez savoir pourquoi...

1 commentaire

  1. Cornwall dit :

    j’arrive pas à le finir. Mais je vois qu’on a fait le même parallèle avec le cinquième élément.
    J’ai l’impression d’un livre surtout bâclé au niveau de la trad en fait

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