Critique de Crossed +100 Tome 1

crossed +100 tome 1

Aujourd’hui, qui ne connaît pas Crossed et ses légions d’infectés aux léger penchants ultra-violents et sexuels ? Depuis leurs débuts chez Avatar Press, les comics créés par Garth Ennis n’ont cessé de se propager, à l’image du Mal terrifiant que l’auteur américain a imaginé. Aux États-Unis, on compte plus d’une quinzaine de tomes du comic, alternant entre les différentes séries (Badlands, I Wish You Were Here…). En fait, malgré le grand nombre de ses détracteurs qui n’y voient qu’un empilage de scènes glauques, obscènes et choquantes, Crossed est devenu une véritable institution pour des milliers de fans. Parmi eux, un homme bien connu dans l’univers des comics – Alan Moore – qui, non content de simplement découvrir les nouvelles aventures Crossed, a décidé d’apporter sa pierre à l’édifice horrifique de Garth Ennis. C’est ainsi que l’auteur britannique de Watchmen et de V pour Vendetta (entre autres !) s’est lancé dans l’aventure Crossed +100, une nouvelle série Crossed nous projetant 100 ans après l’arrivée des marqués. Avec un tel nom, rien d’étonnant à ce que Panini Comics, très en retard sur la publication de Badlands (Terres Maudites) en France, ait décidé de publier Crossed +100 par chez nous dans la foulée de la sortie américaine, en octobre 2015. Alors que vaut vraiment cette alliance entre l’univers Crossed et Alan Moore ?

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À la différence d’autres séries Crossed, où l’horreur est tout de suite présente via les marqués qui abondent, Crossed +100 prend son temps pour poser son cadre. Nous ne sommes plus dans l’immédiateté de l’infection où les rares humains survivants doivent tout faire pour échapper aux sévices des marqués. Dans Crossed +100, les tueurs psychopathes de Garth Ennis sont presque de l’histoire ancienne. Que ce soit à cause du froid, de la malnutrition, des blessures qu’ils s’infligent entre eux, de leurs tendances à dévorer leur progéniture ou des maladies sexuelles, leur nombre n’a cessé de diminuer au point que l’Humanité est, 100 ans après l’infection, à nouveau en surnombre. Nous plongeons ainsi dans le quotidien d’une communauté ayant appris à survivre dans ce nouveau monde en grande partie pollué par les restes de l’ancienne Humanité.
Notre héroïne, Future Taylor, est une archiviste, une sorte d’historienne chargée de collecter des informations sur l’Humanité telle qu’elle était avant l’arrivée des marqués ainsi que sur l’épidémie afin de tenter de la comprendre. Ce parti pris est très intéressant puisqu’il permet de mettre le lecteur en position de force étant donné qu’il connaît autant le passé de l’Humanité (notre quotidien) que l’histoire des marqués (si vous suivez les autres séries). Cela nous permet d’autant plus d’apprécier la manière dont ces communautés ont appris à survivre, notamment avec leurs véhicules blindés qui parcourent des terres rendues à la nature.

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Cependant, et c’est là que le bât blesse : Alan Moore a, selon moi, poussé trop loin le réalisme en conférant à cette nouvelle Humanité une langue propre, sorte de patois incompréhensible. N’ayant pas lu les comics en VO, je serais incapable de dire si cela vient de la traduction ou du texte original, ceci étant, en conférant leur vocabulaire propre aux personnages, le lecteur se casse bien souvent la tête à suivre leurs échanges d’autant que les noms de personnages et de lieux pullulent sans nous laisser le temps de les intégrer. Certes, quand on arrive vers la fin, on comprend évidemment mieux, mais il n’en reste pas moins que cela m’a personnellement gêné tout au long de l’histoire.

Prudence : “Ben, tu as fait possible. Mais y’a quelque chose de facencroix sur ce marron. Tu crânes comment ça a incidenté en même temps ?
Taylor : “Incidenté en même temps ? Comment ça ?
Prudence : “Ben, on trouve les cons sanguins, on jambe la balaye, on crâne que les zulmans volent nos oies-zoo…”
Keller : “Taylor, viens optiquer ça.”

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Résultat, je n’ai guère réussi à me plonger dans le début du comic, n’ayant le sentiment que de survoler les cases, heureusement riches et variées grâce au souci du détail de Gabriel Andrade. En fait, il m’aura fallu attendre le dernier quart du comic, quand les éléments de l’intrigue principale commencent vraiment à se mettre en place pour réellement m’y intéresser mais je n’en dirais pas plus pour éviter tout spoiler.

En fin de compte, c’est l’intelligence du scénario d’Alan Moore qui sauve ce premier tome de l’illisibilité de ses dialogues et de sa mise en place quelque peu laborieuse. Le revirement de situation final en laissera plus d’un sur les fesses et augure du meilleur pour la suite d’autant que nous pourrons compter sur Simon Spurrier, qui avait déjà superbement officié sur Crossed Si Tu Voyais ça, pour le prochain tome qui devrait sortir en avril prochain.

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1 commentaire

  1. icare dit :

    Effectivement le confort de lecture est grandement altéré par ce choix scénaristique (sans doute trop audacieux) d’un nouveau langage. Mais reconnaissons aux auteurs ce souci du détail et de la cohérence avec ce qui a précédé. Souvenons nous à cet égard que Edgar P. Jacobs avait utilisé le même procédé pour son Piège diabolique.

    Je fais parti des amateurs (fans comme vous dites) des Crossed car – Dieu merci – je ne me suis pas arrêté aux jugements sentencieux de beaucoup sur le caractère soi-disant gratuit (ou malsain) d’une violence omniprésente. La vrai question de l’oeuvre Crossed est de montrer si oui ou non l’homme cesse-t-il d’être un homme lorsqu’il est contraint de renoncer aux relations humaines. Crossed+100 va encore plus loin dans la réflexion.

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