
Épisode 19 – Attaque surprise
Salomon tirait Henry par le bras pour l’extirper de la Volvo en feu. Il le traîna à l’extérieur de la carcasse et parvint à l’éloigner des flammes. Un peu plus loin, sur l’autoroute, un 4×4 sombre se gara à côté du semi-remorque qui venait de les percuter. Un groupe lourdement armé sortit des véhicules et se dispersa en direction des deux hommes. Henry se releva, encore groggy.
— Faut pas rester là ! lança Salomon en le soutenant.
— Qu’est-ce qui s’est passé ?
— On a eu un accident.
Les types couraient dans leur direction. Le bruit de leurs bottes sur l’asphalte résonnait dans la nuit naissante. Ils semblaient déterminés.
— C’est qui ces types ? s’enquit Henry en reprenant ses esprits.
— Faut partir ! Viens !
Salomon le tira derrière la Volvo entièrement enveloppée par les flammes. Ils échappèrent miraculeusement aux tirs des types qui lardèrent la carcasse fumante. Ils s’éloignèrent de l’épave et s’enfoncèrent dans un goulet, quittant ainsi le champ de vision de leurs assaillants. Le passage les conduisit directement à une prairie mais Henry s’écarta de Salomon, bien décidé à savoir ce qu’il se passait.
— Bordel ! C’est qui ces gars ?
— Des anciens fidèles en colère, répondit Salomon en s’immobilisant à son tour.
— Des anciens fidèles ? Tu te fous de ma gueule, là !
Salomon souffla. Il sentait que sans explications, Henry ne ferait pas un pas de plus. Les hommes se rapprochaient pourtant dangereusement. Leurs voix s’élevaient au-dessus des arbres. Le révérend prit alors une large bouffée d’air et dit :
— Ok. Quand je suis arrivé en ville, je suis tombé sur un groupe. Leur chef était un abruti. Il me fallait des hommes pour reconstruire un sanctuaire alors je l’ai liquidé pour prendre sa place.
— Et ses compagnons s’en sont aperçus !
— Malheureusement, oui. Ils sont comme qui dirait… légèrement en colère.
Henry porta la main à sa ceinture, comme un réflexe conditionné, mais le Colt n’était plus là. Il l’avait perdu dans l’accident.
— Merde !
— Quoi ? demanda Salomon tandis que les voix se rapprochaient de plus en plus.
— Mon arme est restée dans la caisse !
— Raison de plus pour ne pas traîner dans le coin.
Ils traversèrent rapidement le champ. Une voix résonna derrière eux, cachée par la forêt.
— Retrouvez-moi ce salopard ! Mort ou vif, ça m’est égal !
Les deux hommes parvinrent à un immense parking. Des véhicules abandonnés étaient garés çà et là.
— Par ici ! héla Salomon.
Ils slalomèrent à la hâte entre les carcasses et se présentèrent devant les grilles d’un immense domaine. Un grand écriteau en bois en arc-de-cercle surplombait l’entrée. On pouvait lire en lettres oranges et vertes : JungleLand, Zoo.
Ils escaladaient les grilles quand les hommes armés sortirent du champ. Ils aperçurent les deux hommes prenant la fuite et tirèrent sans sommation. Les balles ricochèrent bruyamment sur les barreaux. Des étincelles jaillirent aussitôt. Un éclat écorcha le bras d’Henry qui enjambait le portail. Il tomba lourdement au sol. Salomon qui était passé de l’autre côté le releva.
— Allez !
Le hall d’entrée du parc était immense. Des poutres apparentes soutenaient un toit en chaume. Des guichets déserts formaient des rangées ordonnées et un étroit couloir sur le côté menait directement aux toilettes. Des prospectus fourmillaient au sol. Les deux hommes traversèrent le hall et sautèrent le portique qui le séparait du parc. Ils se retrouvèrent immédiatement sur une grande terrasse. Les boutiques et les restaurants étaient fermés, leurs rideaux métalliques étaient abaissés. Dans un coin, des tables et des chaises en forme d’animaux étaient fixées au sol carrelé.
Salomon se pencha contre la balustrade. La terrasse surplombait le parc qui s’étendait à perte de vue. Il pouvait sentir l’air frais de la nuit caresser son visage. Il se retourna et aperçut les lampes des fusils de leurs poursuivants inonder le hall d’entrée. Ils étaient sur leurs talons.
— On pourra pas sauter ! C’est trop haut !
— Là-bas ! s’écria Henry resté en retrait. Les escaliers !
Ils se précipitèrent vers les escaliers et dévalèrent les marches sans attendre. Ils débouchèrent dans un grand parc pour enfant. Il y avait un toboggan qui serpentait jusqu’à un bac à sable, des jeux à bascule représentant des animaux sauvages et des balançoires en bois. Henry et Salomon s’engagèrent sur un chemin en pierre entouré de plusieurs bassins vides. Des écriteaux indiquaient différentes directions en pointant leurs flèches vers chacun des sentiers du parc.
Un des types armés se pencha à la balustrade de la terrasse. Il plissa les yeux en balayant le parc avec la lampe de son fusil et aperçut les deux hommes.
— Ils sont là ! s’écria-t-il aussitôt.
Il pointa le canon de son arme dans leur direction et tira. Salomon sentit une vive douleur à la jambe et s’effondra. Henry le releva aussitôt alors que les balles résonnaient tout autour d’eux, lardant le sol dans un nuage de poussière. Il le serra contre lui et le traîna sur un autre chemin, hors de portée du tueur.
Salomon grimaçait de douleur. Sa jambe saignait abondamment. Henry enfonça la porte d’un cabanon à grand coup de pied et ils se réfugièrent à l’intérieur. C’était une pièce exiguë. Toutes sortes d’ustensiles de jardinage y étaient entreposées. Des seaux vides étaient empilés les uns sur les autres dans un coin.
Henry aida Salomon à s’asseoir et retroussa son pantalon. La balle avait traversé la jambe.
— Enlève ton aube ! ordonna-t-il.
Salomon s’exécuta. Henry déchira le vêtement. Il enroula un des morceaux autour de la blessure et jeta l’autre au sol avec nonchalance. Il trouva du fil de fer parmi les ustensiles de jardinage, s’agenouilla face au révérend et attacha le bandage de fortune.
— T’as de la chance. La balle est ressortie. J’ai pansé la plaie pour t’éviter de te vider de ton sang.
Henry se redressa mais Salomon lui agrippa le bras.
— Je veux pas mourir ici !
— Ça ne dépend pas de moi.
— S’il te plaît… Ces hommes dehors, ils veulent ma peau !
— Demande à ton dieu de te protéger !
Salomon gloussa. Il lâcha le bras d’Henry et prit un air grave.
— Tu avais raison. Dieu s’est détourné de moi. Il m’a abandonné.
— Je ne peux rien pour toi. Tu t’es mis dans cette situation tout seul. Tu dois maintenant affronter les conséquences de tes actes.
— Va te faire foutre ! tempêta Salomon. Dieu me parlait ! J’étais son messager ! Alors ne viens pas me donner des leçons à deux balles, tu veux ! Il avait un plan !
— Ouais. Et regarde où t’en es ? Des mercenaires armés jusqu’aux dents veulent ta tête. Ça faisait partie du plan ça aussi ?
Salomon baissa les yeux. Henry avait raison. À quoi avait servi le plan de Dieu si c’était pour mourir à la fin ? Il se rendait compte que tout ce qu’il avait fait jusqu’à présent n’avait servi à rien. Dieu l’avait abandonné. Il était tout seul.
— Je t’en prie. Ne me laisse pas à ces hommes.
— Pourquoi je t’aiderai ? demanda Henry d’une voix autoritaire. Après tout ce que tu as fait, pourquoi je risquerai ma vie pour sauver la tienne ?
— Parce que sans moi, tu ne retrouveras jamais Taylor.
Salomon jouait avec ses sentiments. Envahi d’une immense colère, Henry agrippa le révérend par le col de sa chemise et le releva sans ménagement. Il le plaqua brutalement contre le mur.
— Ne joue pas à ça !
— Sans moi, elle sera perdue à jamais.
Salomon jouait sa dernière carte. Henry le savait. Il était pris entre deux feux : le livrer à ces hommes et perdre à jamais la trace de Taylor ou le sauver et la retrouver. Même s’il n’aimait pas l’idée, le choix était vite fait. Taylor était sa priorité. Il le relâcha et s’écarta de lui.
— T’es qu’un putain de salopard ! Utiliser ta fille pour survivre. (Il hésita une seconde mais se plia à ses exigences.) Ok. Je te sors de ce merdier et tu me conduis à elle. Mais si je sens ne serait-ce que l’ombre d’un piège ou d’un truc du genre, je te tue de mes propres mains !
Salomon opina de la tête, soulagé. Sans un regard, Henry entrouvrit la porte.
— Où tu vas ? s’inquiéta Salomon.
— Sans arme, on ne tiendra pas longtemps. Je vais aller leur demander gentiment de nous en prêter une, railla Henry en mettant un pied à l’extérieur. Toi, tu restes sagement ici.
Il sortit et referma la porte derrière lui. Salomon se laissa glisser au sol en poussant un soupir de soulagement. Il s’adossa au mur et fixa la porte en espérant que les hommes ne le retrouvent pas.
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