The Last Survivors, Saison 2 – Épisode 15

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Épisode 15 – L’angelot

Henry observait la Volvo rouge garée devant l’église depuis de longues minutes. Il tentait de retrouver Taylor, kidnappée par son père, depuis presque une semaine. Il avait suivi toutes les instructions de Stacy en se rendant aux endroits qu’elle lui avait indiqués et c’était finalement à Auburn, dans sa ville natale, que Salomon avait élu domicile. La ville accueillait un monstre de plus.

Henry dégaina son Colt et vérifia le chargeur. Il sortit de sa cachette et quitta la ruelle par laquelle il était arrivé. Il remonta l’avenue principale, son arme devant lui. Une fois parvenu à la Volvo, il se plaqua contre la carrosserie. L’église se trouvait à quelques mètres devant lui.

Toutes ses recherches aboutissaient ici. Toutes ces journées passées à traquer le révérend allaient prendre fin sur le parvis de cette église. L’heure des comptes était arrivée.

Il releva discrètement la tête et jeta un œil rapide par-dessus le véhicule. L’édifice était majestueux. Un premier bâtiment fait de pierres rouges et de bois brut à sa base trônait sur le parvis, desservi par une dizaine de marches. L’entrée, une immense porte en bois ancien, s’étirait sur cinq mètres de hauteur et était entourée de vitres. Au-dessus, se trouvaient deux énormes vitraux circulaires représentant chacun une scène biblique. Le second, plus petit, bordait la toiture à deux versants droits. De chaque côté, deux tours ressemblant aux fortifications d’un château fort s’élançaient au-dessus du bâtiment principal. Sur l’une d’elles, des fenêtres en meurtrière s’étalaient sur toute la hauteur et sur l’autre, un énorme clocher surplombait fièrement l’édifice.

Henry se dirigea d’un pas prudent vers l’entrée. Il gravit les quelques marches, le cœur serré et se retrouva sur le parvis. Il poussa lentement la lourde porte en dirigeant l’arme vers l’intérieur et entra.

L’église était peu éclairée. Les rayons du soleil peinaient à traverser les vitraux qui tapissaient l’édifice. Des silhouettes étaient assises sur les bancs qui formaient deux longues rangées jusqu’à l’autel. Elles étaient dispersées çà et là. Au fond, Salomon, vêtu d’une aube blanche, se tenait debout devant l’immense croix fixée sur le mur de l’abside. Il tournait le dos à ses fidèles. Les mains levées vers le ciel, il inondait l’église de sa voix théâtrale.

—   Ne perdez pas espoir, mes frères ! Le temps viendra où tous les infidèles seront punis par le bras vengeur de notre Seigneur. Il n’y aura pas de place pour les impies dans le nouveau Royaume de Dieu ! Ils seront tous condamnés à errer sans but sur cette terre de pécheurs. Dieu n’aura pas de miséricorde pour eux ! Il ne leur accordera pas son Royaume ni ne les prendra en pitié ! Alors soyez patients. Dieu nous sauvera !

Henry fit quelques pas dans l’allée centrale, braquant son arme sur le gourou. Les silhouettes qu’il pensait être les nouveaux fidèles endoctrinés dans la religion de Salomon n’étaient que des zombies. Ils étaient cloués sur les bancs et poussaient des râles étouffés en direction du révérend. Ils grognèrent plus fort quand ils remarquèrent la présence d’Henry. Interloqué par ce soudain regain d’énergie, Salomon se retourna.

—   Tiens donc… Un nouveau fidèle parmi nos rangs ! lança-t-il alors qu’Henry avançait d’un pas prudent.

—   Ne bouge pas ! ordonna Henry en s’immobilisant tout à coup, son arme pointée sur Salomon.

—   Tu es ici dans la maison de notre Seigneur. Cette arme n’est pas nécessaire.

—   Où est-elle ?

—   De qui parles-tu, mon fils ?

—   Taylor, elle est où ? Tu t’en souviens ? C’est ta fille, espèce de salopard !

Salomon comprit qui il était. Il n’avait pas eu l’occasion de le rencontrer au Sanctuaire.

—    Henry, n’est-ce pas ? On m’a beaucoup parlé de toi, tu sais. Je ne m’attendais pas à te voir ici.

—    Réponds !

—    Tu le vois par toi-même, répondit Salomon d’une voix étonnement calme. Taylor n’est pas ici.

Henry s’approcha du révérend et le frappa violemment au visage avec la crosse du Colt. Ce dernier s’écroula, une plaie ouverte sur le front. Accoudé sur le sol, il se mit soudainement à rire.

—    Pourquoi tu ris ? s’enquit nerveusement Henry.

—   Taylor m’a dit que tu viendrais la chercher. Je ne l’ai pas crue. Faut croire qu’elle avait raison.

—   Où est-elle ?

Salomon se releva et s’épousseta. Il essuya le sang qui coulait sur son front d’un revers de la main.

—    Quelque part à l’abri.

—    Où ?

—    Dans un endroit où elle ne tentera pas de me trahir.

—   Me fais pas perdre mon temps ! J’ai passé une très mauvaise journée. Je suis pas d’humeur.

Poussés par leur insatiable faim, deux zombies tentèrent de se redresser. Les longs clous qui les avaient jusqu’alors maintenus attachés sur les bancs traversèrent leurs chairs, au niveau des jambes et des bras, et ils se relevèrent en grognant. Henry se retourna aussitôt et les abattit sans sommation. Il descendit les autres restés assis et reprit sa position initiale, face à Salomon. Le gourou leva les mains en l’air.

—    Hum… Tu as déjà songé à faire soigner cette colère ?

—   Ne m’oblige pas à me défouler sur toi ! Tu vas me conduire jusqu’à elle, compris ?

—   Et pourquoi je ferais ça ?

—   Parce qu’il me faudra plus qu’une bande de macchabées pour m’empêcher de te faire cracher le morceau !

—   Vu sous cet angle…

Henry agrippa le col de l’aube de Salomon et le tira devant lui.

—    Avance, enfoiré !

—   Pas la peine d’être aussi violent ! Faut vraiment que tu te fasses suivre, tu sais. Toute cette colère refoulée… Ça te jouera un mauvais tour, un jour.

—   Ta gueule !

Poussé par Henry, Salomon traversa l’église et sortit. Il s’immobilisa et poussa un long soupire.

—    Quelle belle journée pour une balade !

Agacé par son comportement, Henry le frappa à l’arrière du crâne. L’homme tomba sur les marches et les dévala. Son agresseur le rejoignit en contrebas, le releva sans ménagement et le plaqua contre la Volvo. Il colla son arme sur sa tempe et appuya son bras sur sa gorge.

—    Ne joue pas au plus malin ! Conduis-moi à elle et je t’épargnerai peut-être !

Il le relâcha. Salomon toussa pour reprendre le contrôle de sa respiration.

—    Tu conduis !

Le révérend s’inséra difficilement derrière le volant, Henry sur la banquette arrière. Sans un mot, le gourou démarra et le véhicule s’engagea sur l’avenue principale.

***

La Volvo longeait les devantures des magasins à vive allure, traversant les carrefours sans ralentir. Henry avait plongé le regard à travers la vitre, son Colt posé sur les genoux. La ville défilait devant ses yeux comme une vieille pellicule abîmée. Il avait l’impression d’assister à une projection macabre. Son esprit voguait entre son désir de retrouver Taylor et la vision de la ville abandonnée. Il posa instinctivement son regard sur un angelot en porcelaine pendu au rétroviseur intérieur par une simple ficelle. L’objet se balançait de droite à gauche, au rythme des cahots de la route.

L’angelot brandissait une trompette. Henry semblait hypnotisé par son va-et-vient incessant. Il le fixait avec insistance. Troublé par cet objet, il avait le sentiment de pouvoir entendre le son strident s’échapper de la trompette. Il résonnait à ses oreilles comme l’alarme qui avait retenti deux ans plus tôt, annonçant brutalement la fin du monde. L’humanité était alors entrée dans une nouvelle ère où l’homme n’était plus le seul prédateur.

Brusquement envahi par la colère, Henry se pencha vers l’avant et arracha l’angelot du rétroviseur sous le regard surpris de Salomon. Sans mot dire, il jeta l’objet par la vitre et se réinstalla confortablement sur le siège. Soudain une odeur âcre envahit ses narines.

—    Bordel, c’est quoi cette odeur ! lança-t-il en grimaçant de dégoût.

Salomon porta son attention sur le reflet d’Henry dans le rétroviseur.

—   Fallait bien conduire mes fidèles jusqu’à l’église, non !

—   Putain, t’es complètement fêlé !

—   Tu préfères me ranger dans la catégorie des fous. C’est plus rassurant pour toi. Mais je comprends. Il y a certaines choses que tu ne comprendras jamais.

—   Alors explique-moi… Comment on en vient à éventrer des enfants pour en extraire leurs cœurs ? Vas-y… Explique !

—   Dieu avait un plan pour chacun de nous…

—   Avait ? Tu en parles au passé. Que s’est-il passé, Salomon ? Le réseau avec ton dieu est actuellement hors service ?

Salomon gloussa, agacé. Henry poursuivit alors que le véhicule s’éloignait de la ville.

—   Je vais te dire. Il n’y a pas de dieu. Il n’y en a même jamais eu. On est seuls dans ce monde. Tu comprends ? On est tout seuls.

—   Crois ce que tu veux mais il y a une puissance au-dessus de nous. Et non, nous ne sommes pas seuls. Dieu…

Il ravala ses mots lorsqu’un semi-remorque déboucha d’une artère perpendiculaire à la route et les percuta violemment sur le côté. Sous la violence du choc, la Volvo se retourna et glissa sur le toit en créant des étincelles sur le bitume. Elle stoppa sa course sur le bas-côté de la route dans un silence sépulcral.


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