Critique de La nuit des morts-vivants, Tome 1 : Les fautes du père

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En cette semaine de rentrée, il nous semble tout naturel de vous parler de papier, de crayons et de grands classiques. Après tout, c’est de saison. Et nous avons de la chance car les éditions Vents d’Ouest (Glénat) sortent aujourd’hui La nuit des morts-vivants : Les fautes du père, le premier tome d’une série de bandes dessinées qui nous avait émoustillés lors de l’annonce de sa sortie. Jean-Luc Istin, bien connu du monde de la bande dessinée française, et Elia bonetti, jeune dessinateur prometteur, s’associent ainsi pour nous proposer une réadaptation du cultissime La nuit des morts-vivants de George A. Romero.

En voici le pitch, pour ceux qui seraient passés à côté :

“Le jour d’Halloween, Lizbeth quitte son mari et ses deux enfants pour accompagner son frère, Leland, à la sacro-sainte visite de la tombe où sont enterrés leurs parents adoptifs.
Mais à peine arrivent-ils au cimetière qu’ils se font attaquer par un groupe de morts vivants ! Après une longue course-poursuite, Lizbeth et Leland trouvent refuge dans un hôtel sordide qui va se révéler être le seul rempart contre une horde de zombies avides de chair fraîche.
Car l’épidémie s’est généralisée et plusieurs grandes villes sont déjà dévastées. Pas sûr que Lizbeth arrive à retrouver son mari et ses enfants en vie… “

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Dès l’introduction, Istin et Bonetti jouent la carte de la réadaptation et nous constatons que leur bande dessinée diffère du film de Romero. Les premières vignettes donnent immédiatement le ton et nous savons en un coup d’œil que nous sommes loin de l’ambiance « sixties » du film homonyme. Ils nous proposent ainsi une version remaniée, actualisée et modernisée. Pour autant, les deux complices n’hésitent pas à rendre hommage au genre.
En effet, ils ne s’affranchissent pas des références et se permettent dès le départ un clin d’œil flagrant à un autre film culte quand le lecteur assiste à une expérience menée sur un primate à qui l’on injecte un produit le rendant, vous vous en doutez, agressif. Ça vous rappelle 28 jours plus tard ? C’est normal (et je vous laisse le soin de savourer le clin d’œil, les scientifiques travaillent pour Illenes Korp…). À ce titre, quelques planches plus tard, le dessinateur et l’auteur parviennent encore à glisser des références, véritables jalons pour les connaisseurs que nous sommes.

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Suite à cette très bonne mise en bouche, nous découvrons donc l’héroïne qui, après avoir laissé son mari et ses enfants, prend la route avec son frère. Ils ne se rendent alors pas compte que des zombies errent un peu partout autour d’eux (le confinement dans la voiture, la musique trop forte, la météo et les routes sinueuses concourent à cet isolement). Nous pouvons d’ailleurs facilement encore y voir une référence à une mécanique bien huilée, utilisée dans de nombreux films connus comme L’armée des morts de Zack Snyder ou Shaun of the Dead dans lesquels les héros découvrent un peu tard que le monde a basculé. Bref, J.L. Istin réussit à rendre hommage au genre sans tomber dans le cliché.
Malgré cette multitude de références à d’autres films du genre, la BD reprend quand même rapidement la trame de La nuit des morts-vivants. Après le cimetière, les deux héros se réfugient dans un hôtel (la maison, dans le film) et y retrouvent un groupe de survivants. Cette première partie est intéressante à bien des égards puisque Jean-Luc Istin s’affranchit, une fois encore, de son modèle en y ajoutant des différences bienvenues qui attisent la curiosité du lecteur, familier du film.

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Avec des zombies classiques, rendus particulièrement terrifiants et mortels par la mise en scène habile de Bonetti, nous suivons alors avec intérêt des personnages bien construits. Istin prend ainsi le temps d’étoffer le personnage de Lizbeth notamment au travers de sa famille que nous suivons via des ellipses scénaristiques. De la même manière, dès le début, (attention SPOILER) nous découvrons que Lizbeth (et surtout son père) a un lien avec le phénomène qui ramène les morts à la vie. Pour ma part, cela a réellement attisé ma curiosité et je me demande vraiment ce qu’Istin va construire autour de cette différence avec l’œuvre de Romero.
De leur côté, les autres personnages principaux entrent assez vite dans l’histoire et sont, là encore, différents de ceux du film. Ils correspondent un peu mieux à l’idée que je me fais de survivants “modernes”. Nous noterons également qu’après quelques pages d’introduction, les scènes d’actions s’enchaînent et cela donne un rythme bien différent et vraiment dynamique au récit.

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D’un point de vue plus technique, même si je n’aurais pas le culot de prétendre être un spécialiste, j’ai trouvé particulièrement judicieuse l’utilisation de différents plans dans les vignettes cela servant bien le récit (panoramique pour l’ambiance, américain pour l’action, etc).
Les dessins sont réalistes et Bonetti apporte au scénario d’Istin une lisibilité parfaite avec des scènes claires et faciles à suivre à l’instar du travail de Charlie Adlard sur Walking Dead. Les plus exigeants pourraient en revanche regretter que les attitudes des personnages soient parfois un peu figées (nous ne discernons pas toujours très bien leurs émotions) mais aussi que certaines bulles de dialogues soient réellement mal placées, notamment quand Lizbeth affronte ses premiers zombies. Mais ce sont des détails.

La nuit des morts-vivants : Les fautes du père nous propose donc une réadaptation du film culte de Romero bourrée de références à la culture zombie. Jean-Luc Istin, en bon amateur de zombies, s’est fait plaisir avec son histoire et livre un récit cohérent richement illustré par Elia Bonetti. Cette bande dessinée est donc une bonne découverte de la rentrée. Reste à voir, avec le développement de l’histoire dans les 2 prochains tomes prévus, ce qu’Istin a à nous proposer : continuera-t-il sur la voie de la réadaptation ou va-t-il prendre un autre chemin ?

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Découvrez les premières planches ici.

À propos de l'auteur

Incapable de se faire comprendre par le genre humain, vif comme un cailloux roulant au fond d'une rivière, beau comme une olive verte oubliée au soleil, Baron Mardi s'est, il y a de nombreuses années, tout naturellement rapproché des zombies qu'il considère comme ses pairs. Il pense, parle et surtout sent le zombie. Bref, on peut dire que Baron Mardi aime le zombie. Détail troublant: Jusqu'à présent, il évite soigneusement de parler de ses goûts culinaires. Allez savoir pourquoi...

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