Critique de Zombie Kebab d’Olivier Saraja

zombie kebab

Alors que je me remettais à peine du dernier roman de zombies ingurgité, c’est un petit bouquin français intitulé Zombie Kebab qui a atterri sur ma table de chevet, histoire de me caler l’estomac entre deux crises de vomissements. Parfait, me suis-je dit, rien de mieux qu’un bon Kebab pour se remettre d’une intoxication alimentaire (la viande de chat a des vertus insoupçonnées). C’est donc l’esprit émoustillé par ce titre légèrement humoristique que je me suis attaqué à ce roman d’une centaine de pages écrit par Olivier Saraja et publié dans la collection Pulp aux éditions Walrus.

« Au mauvais endroit, au mauvais moment : l’expression semble avoir été pensée pour Hakim, un banlieusard qui multiplie les petits boulots pour subvenir aux besoins des siens… jusqu’au jour où un accident fait basculer sa petite vie. Hakim devient alors le « patient zéro », le point de départ d’une apocalypse zombie. Malgré sa transformation — et une faim permanente —, Hakim conserve intactes ses facultés intellectuelles (ou presque) et s’en sert pour témoigner. Que fera-t-il de son nouvel état : protéger le monde, ou bien le dévaster ? »

Vous l’aurez compris avec le synopsis : Olivier Saraja nous propose de nous mettre dans la peau du zombie. Même si cette approche du genre est loin d’être une nouveauté, cela permet généralement aux auteurs de faire preuve de fantaisies. Ici, dans la biologie du zombie, par exemple : notre héros zombifié conserve non seulement toutes ses facultés intellectuelles mais, en qualité de “patient zéro”, il peut également plus ou moins contrôler ses congénères, tandis que l’ingurgitation de chair humaine lui permet de se régénérer. Ces quelques éléments m’ont permis de ne pas me sentir immergé dans un énième roman de zombie. Mais ce n’est pas la seule raison…

zombie kebab couvertureEn effet, l’auteur renoue avec la tradition « Romérienne » du zombie en tant que vecteur de critique sociale (pardonnez cette petite digression, mais c’est quand même vachement la classe pour Romero d’avoir son propre adjectif). Le choix de faire du héros un petit travailleur n’est ainsi pas anodin et nous suivons ce courageux prolétaire alors qu’il se débat silencieusement pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Cette entraide familiale soulignée par l’auteur est justement en nette opposition avec le comportement des personnages de classe sociale plus importante, ceux-ci reconnaissant à peine l’existence de notre héros en tant qu’être humain.

Une fois le héros zombifié, lorsque le rapport de force s’inverse, l’auteur nous amène alors à nous questionner sur l’utilisation du pouvoir : le dominant (quel qu’il soit) peut il tout se permettre pour atteindre ses objectifs ? L’auteur nous pousse ainsi à réfléchir tout au long du roman sur le pouvoir et son abus, que ce soit par l’ascendant hiérarchique, le savoir intellectuel ou le rapport de force physique. Il confronte d’ailleurs bien souvent ces questionnements à d’autres valeurs plus fondamentales et plus nobles que sont l’amour, l’éthique intellectuelle ou l’entraide.

Cette critique sociale permet donc de porter une histoire qui sans être fabuleuse d’originalité n’en reste pas moins atypique grâce à l’utilisation d’un héros d’une classe sociale assez basse. Le renversement de situation, faisant passer un personnage d’homme écrasé à celui d’acteur de premier ordre, donne ainsi un véritable souffle à ce roman. Et même si j’ai eu du mal à m’attacher au héros, ses doutes et sa transformation physique et psychologique en ont finalement fait un personnage intéressant.

Si vous souhaitez vous offrir une petite histoire de zombies intéressante avec une forte critique sociale sous-jacente, offrez-vous Zombie Kebab. Même si vous n’en ressortirez pas transcendé, l’achat vaut le coup : la lecture est agréable, les personnages originaux, vous n’aurez pas le temps de vous ennuyer et le prix est tout petit ! Un auteur à surveiller qui pourrait bien nous épater s’il persiste dans ce genre cher à nos cœurs.

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