Interview de Paul Mafayon pour la sortie de Off The Dead Chapitre 2 : Venice Beach brûle-t-il ?

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Vous le savez : des zombies, on en trouve partout. Ils gangrènent tous les médias, s’introduisent dans nos vies quotidiennes, sans relâche, attendent que vous passiez tranquillement devant un étalage et vous sautent aux yeux. A peine appuyez-vous sur les boutons de votre télécommande qu’ils se retrouvent là devant, à quelques mètres. Vous allumez votre PC et tentez d’étancher votre soif de culture ? PAF ! Ils investissent les sites sur lesquels vous surfez. Eh bien, si vous pensiez être tranquille en étant réuni autour d’une table avec des potes, c’est raté car Ludimaniac vient de sortir Off The Dead Chapitre 2 : Venice Beach brûle-t-il ?, le deuxième chapitre de son jeu phare dont le premier opus avait laissé une belle trace sanguinolente dans le monde des jeux de société lors de sa sortie.

Interview avec Paul Mafayon, un des auteurs et illustrateurs du jeu, membre de Ludimaniac, un éditeur de jeux Lillois qui a un gros appétit.

My Zombie Culture : Paul, quand on vous a contacté, chez Ludimaniac, tu as exigé pour l’interview qu’on se rencontre dans une chambre de bonne en haut d’un vieil immeuble insalubre dans une pièce lugubre avec un vieux matelas pourri et un éclairage vacillant “pour l’ambiance”. Pas trop déçu qu’on se rencontre dans un 4 étoiles autour d’une bonne coupe de champagne ?

Paul Mafayon : Si, beaucoup. Le luxe me dérange. Il finit invariablement par donner un sentiment de supériorité à ceux qui s’y vautrent. Et l’illégitimité, consciente ou non, est quelque chose qui m’effraye. En plus j’aime pas le champagne… Non, franchement, ces canapés confortables, cette ambiance chicoloungy feutrée, ce barman dégoulinant d’obséquiosité ; je me languis d’un coca bien chaud servi par une maritorne de baraque à frites à l’œil torve. Mais je vais faire un effort. D’ailleurs, si on recommandait une coupelle de ces œufs de poisson noirs hors de prix pour m’y aider ? (rires)

MZC : La première question que j’ai envie de te poser, c’est “Ludimaniac : c’est quoi ? C’est qui ?”

PM : Bienvenue chez les chtarbésJe vais essayer de faire court, pas évident car Ludimaniac est un éditeur très singulier. Ludimaniac, c’est des geeks qui créent pour des geeks. A la base, ceux sont quelques potes, travaillant dans le monde du jeu vidéo, qui un jour ont eu envie de créer à une échelle plus modeste que celle des productions vidéoludiques actuelles. Créer sans entraves, sans service marketing à la con pour nous censurer, sans patron pour nous dire « faut faire un jeu pour les collectionneurs de timbres, je suis sur que ça va marcher ! ».
L’accouchement de notre premier jeu Off The Dead (OTD), un beau bébé purulent, nous a remplis de fierté. C’est donc gonflés d’entrain que nous nous sommes confrontés aux éditeurs… Et nous avons eu la désagréable surprise de réaliser que le schéma économique du jeu de société actuel était aussi malsain que celui du jeu vidéo. Et chez Ludimaniac, on a horreur de la quenelle, même mélangée avec du gratin. On la sent à dix bornes. Ludimaniac était né.

MZC : Ce qui nous intéresse particulièrement chez MZC, c’est votre jeu : Off The Dead, dont le chapitre 2 “Venice Beach brûle-t-il ?” sort des cartons de l’imprimeur en ce moment-même. En quelques mots, c’est quoi ce jeu ?

PM : C’est un jeu de cartes coopératif sur le thème zombie. On y incarne des survivants, on fouille les décombres pour trouver du matos, on dégomme du zombie, on s’entraide, on s’engueule, on se balance des « File moi ton shotgun ! Espèce de crevard ! Je suis dans la merde ! », on explore la ville, on secourt des PNJs [NDR : Personnages Non Joueurs].

MZC : Le rêve de tout amateur d’apocalypse zombie… Comment vous est venue l’idée d’un jeu ayant pour but la survie face à des zombies ? Pourquoi pas face à des Aliens ou des petits vieux dans un supermarché le samedi ?

Zombie Off the deadPM : Plusieurs d’entre nous sont des fans de l’univers zombie. Mais ça aurait aussi pu être des aliens : en bon geeks, cet univers nous touche aussi tout particulièrement (Alf, La soupe aux choux…). Je crois me souvenir qu’à l’époque nous étions frustrés par ces jeux de zombies où l’on passe son temps à se faire des crasses. Zombicide n’était pas encore sorti. On avait envie de faire notre version du jeu de zombie.

MZC : Ces dernières années, on bouffe du zombie à toutes les sauces. Comment avez-vous imaginé les zombies du jeu ? Même si OTD a une réelle identité visuelle, quelles sont vos influences en matière de cinéma, de livres, de bandes-dessinées ou de jeux ?

PM : Déjà, on n’a pas commencé OTD en se disant « on va apporter quelque chose de nouveau à ce thème » pour la simple raison qu’un jeu de cartes n’est pas le bon support pour explorer de nouvelles pistes. Un comics, un livre, une web série ; ces supports narratifs sont parfaits pour tenter d’amener sa propre couleur au spectre zombiesque. Off the dead, c’était pour nous un moyen de marcher dans les pas de ceux qui nous ont fait rêver. Sur le chapitre 1, on était deux illustrateurs à bosser sur les zombies, et nos approches étaient assez différentes. Celle de Ludovic qui a fait les zombies de la horde, était plus inspirée par le jeu vidéo, d’où la présence de zombies aux proportions monstrueuses : des mélanges de chairs putréfiées et de mutations à la Resident Evil ou Left 4 Dead.
En ce qui me concerne, je n’aime pas trop cette approche. On peut se rendre compte en observant les versions zombies des joueurs que je les préfère plutôt « crédibles ». Leur apparence doit nous donner le plus d’infos possibles sur les vivants qu’ils étaient, c’est à cette condition seulement qu’ils parviendront à éveiller en nous le spectre du cannibalisme. Mais pas seulement, ils nous rappellent également en permanence ce que nous avons perdu depuis l’apocalypse. On reconnaît le facteur, la serveuse du fast-food, le prêtre de l’église et l’on souffre d’autant plus car en plus de notre quiétude, ils nous privent aussi de notre capacité à l’oubli.

La CheerleaderMZC : Concernant les personnages des survivants, c’est toi qui en avais la charge. Comment as-tu procédé pour faire ton choix ?

PM : Comme je te le disais à propos des zombies, on voulait faire dans le poncif pour OTD. Naturellement, on voulait y retrouver les personnages emblématiques de ce genre d’histoires : le flic, la cheerleader, le clochard, l’infirmière… Ce que ce thème a de génial pour les jeux, c’est le peu de limites qu’il impose aux personnages que l’on peut incarner : l’apocalypse touche tout le monde, sans distinction d’âge, de classe sociale ou de localisation. Le trader peut côtoyer le redneck. Un jeu sur le thème des pirates ou des space marines restreint beaucoup plus les choix.

MZC : Un des éléments clefs pour survivre dans le jeu, c’est la coopération : un mode de jeu qui tend à se développer et que vous êtes parmi les premiers à avoir mis en avant. Pourquoi ce choix ?

PM : Parce que c’est on ne peut plus thématique. Et chez Ludimaniac, c’est le thème qui s’impose aux mécaniques de jeu, pas l’inverse. Face à l’apocalypse, ce sont surtout les turpitudes de l’âme humaine qui mettent les vivants en danger. L’égoïsme, la concupiscence, la lâcheté. Tout cela a pour effet d’éloigner les gens les uns des autres, de casser le groupe. A moins d’être quelqu’un aux capacités et aux connaissances exceptionnelles, on est toujours plus vulnérable seul qu’en groupe. Certains vous diront qu’un groupe est plus facilement repérable mais ce désavantage est largement compensé par les nombreux avantages que présente un groupe de survivants. Les connaissances mises en commun, la répartition des tâches, et il en existe bien d’autres, mais la plus intéressante, et la moins avouable étant celle-ci : en groupe, un des survivants peut toujours servir à ralentir la horde, volontairement ou non… hein Shane !?

MZC : Pour y avoir joué, le jeu est très prenant et on se surprend vite à être tendu comme le string de Beyoncé en attendant de voir comment les autres vont jouer. Pour revenir aux questions : sans grosse campagne de pub, OTD a reçu un très bon accueil sur le marché du jeu et OTD Chapitre 2 semble parti sur la même lancée. A quoi ce succès est-il dû à ton avis ?

La vieille mort-vivantPM : A l’association d’un gameplay furieusement efficace et de somptueuses illustration. (rires) Sérieusement, je pense qu’il fonctionne bien pour plusieurs raisons. D’abord les règles sont vite appréhendées et la mise en place est rapide. Pas besoin d’être six autour d’une table pour que le jeu soit sympa, à 3 joueurs on peut déjà partager une belle aventure. Ensuite, l’aspect coopératif permet à des joueurs de tous niveaux de prendre plaisir à jouer ensemble et enfin, le thème est, bien malgré nous, à la mode [NDR : ils ont commencé OTD en 2008].

MZC : Si c’était à refaire, il y a des choses qui changeraient dans OTD ?

PM : Pleins de petites choses, concernant plus la forme que le fond, mais le jeu resterait le même.

MZC : On peut suivre votre actualité sur le site de Ludimaniac et sur votre page Facebook. On sent une réelle volonté de rester au contact des joueurs et le ton utilisé est amical voire familier ou irrévérencieux : pourquoi cette démarche qui n’est pas du tout courante dans l’édition des jeux de société ?

PM : Parce qu’on peut le faire. Je le répète : on est libres, pas de patron avec un balais dans le fion ni d’associés financiers. Cette liberté absolue c’est le pied. Ne pas en jouir serait une honte. De plus le ton consensuel qui inonde les sites commerciaux me file la nausée. Leur but ultime, plaire au plus grand nombre et surtout ne choquer personne. Le résultat, c’est une communication sans personnalité, sans saveur. Pour nous, s’exprimer comme on le fait chez Ludimaniac, c’est une forme de respect. On considère les internautes comme des personnes assez intelligentes pour comprendre le second degré qu’on utilise très très souvent. Et ceux qui ne le comprennent pas, on ne sera pas malheureux de les voir se détourner de nous.

MZC : Avec un tel dynamisme et autant d’idées folles vous avez forcément de futurs projets. Certains toucheront encore aux zombies ?

PM : Oui, des t-shirts, des toys, des bandes-dessinées, un site de rencontre pour survivalistes, le préservatif qui donne à ta bite une allure de bite de zombie ! Le parfum zombie, très utile en cas d’apocalypse…

MZC : Parfait ! J’espère que c’est pas du second degré parce qu’il y a plusieurs choses dont je me porterais bien acquéreur… Enfin, avant de te remercier pour cette interview, j’ai une dernière question, et non des moindres : quand les zombies seront là, que feras-tu ?

Colt AnacondaPM : Tout dépend de quelle espèce de zombies on parle. Si on parle de zombies à la Romero. Il peut s’écouler plusieurs mois entre les premiers symptômes de l’infection et la fin de notre civilisation. Du coup ça laisse pas mal de temps pour s’équiper et trouver un endroit isolé, plutôt en altitude. Dans le roman Rot and ruins de Jonathan Maberry il y a une analyse judicieuse sur le fait que les zombies errants vont naturellement avoir tendance à descendre les pentes, les monter leur demandant plus d’énergie. Donc en s’isolant en altitude, on peut espérer que le temps passant, le risque de les croiser s’amenuisera.
En revanche, si on parle de zombies style L’armée des morts de Zack Snyder, franchement j’en sais trop rien. Contrairement a beaucoup de gens, je ne pense pas qu’attendre une semaine cloîtré chez soi que les choses se calment soit une bonne idée. Quand il n’y a plus que des zombies dehors, qu’un silence total règne en tout point, il me semble beaucoup plus difficile d’agir sans se faire remarquer par tous les zombies à la ronde. Profiter de la cohue des premières heures de la débâcle n’est pas forcement une mauvaise idée, on est une cible parmi tant d’autres, par contre faut surtout pas oublier de mettre sa ceinture. Habitant à la campagne, je prendrais le risque de prendre mon véhicule pour rejoindre une zone moins peuplée en évitant les grands axes.

MZC : Merci Paul de nous avoir dédié du temps pour cette interview. En attendant les toys et surtout le préservatif, on rappelle à nos lecteurs qu’ils peuvent depuis la rentrée se procurer Off the Dead Chapitre 2 : Venice Beach brûle-t-il ? sur le site de ludimaniac ou encore au prix de 20€.

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À propos de l'auteur

Incapable de se faire comprendre par le genre humain, vif comme un cailloux roulant au fond d'une rivière, beau comme une olive verte oubliée au soleil, Baron Mardi s'est, il y a de nombreuses années, tout naturellement rapproché des zombies qu'il considère comme ses pairs. Il pense, parle et surtout sent le zombie. Bref, on peut dire que Baron Mardi aime le zombie. Détail troublant: Jusqu'à présent, il évite soigneusement de parler de ses goûts culinaires. Allez savoir pourquoi...

4 commentaires

  1. Cherycok dit :

    J’ai joué et rejoué des 10aine set 10aines de parties au premier volet que j’avais adoré avec mes potes.

    J’ai acheté le 2 voilà maintenant 3 semaines, et cette extension le rend encore plus énorme avec le système de lieux, de mini scénarios. 2 parties seulement qui ont été excellentes, et d’autres à venir.

  2. Baron Mardi dit :

    Oui, apparemment de ce que j’entends, le chapitre 2 parachève le jeu!

  3. nico dit :

    Chouette interview ! Je ressort encore ce bon vieux OTD à l’occasion.

  4. […] je vous invite cordialement, à aller jeter un œil sur le site de la bande à Squeletor et de la belle interview qu’ils ont donné à l’un des auteurs/ illustrateurs du jeu. Enjoy mes lapinoux […]

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