Critique de Le Monde des Morts

le monde des morts

Alors que les fêtes approchent, il n’est rien de plus facile pour moi que de rédiger l’introduction de cette chronique puisque, justement, le récit de Le Monde des Morts commence à cette période de fin d’année. On n’aurait pas rêvé mieux en matière de facilité. Isabelle Haury nous propose ainsi de découvrir la suite d’une des nouvelles de son premier ouvrage (Undead Story) qui prenait place pendant Noël. Elle passe ainsi la seconde sur la route d’une carrière d’écrivain horrifique et vous saurez à la fin de cette chronique si elle a pris la direction de la réussite ou a tout simplement calé…

Le Monde des Morts nous propose de suivre les pérégrinations d’un couple qui tente de rejoindre une zone sécurisée au milieu d’une apocalypse zombie. D’abord cloîtrés dans leur appartement, l’héroïne et son mari décident de sortir et d’affronter ce monde qui s’écroule. Ils font alors des rencontres, subissent des revers et doivent faire des choix cruciaux, parfois tragiques mais toujours difficiles puisqu’il en va de leur survie. Ils sont la proie de zombies lents mais infatigables (comme je les aime), de leurs peurs et parfois de leurs pairs.
Le récit est présenté sous la forme d’un journal (à l’image de Les Chroniques de l’Armageddon de JL Bourne), tenu par l’héroïne, celle-ci se servant de l’écriture comme d’un exutoire lui permettant de faire face à l’horreur de l’apocalypse.

isabelle hauryLa première chose qu’il me semble important de souligner est que ce roman se lit plutôt vite avec ses 265 pages. Cela n’est toutefois pas une critique puisque ce format convient parfaitement au récit et à l’auteur. En effet, grâce à celui-ci, Isabelle Haury arrive à maintenir un rythme constant et homogène tout au long de son récit. De plus, même si l’histoire reste très classique et n’échappe pas aux poncifs du genre, le style de l’auteur constitue l’une des richesses de son travail. Celui-ci est très efficace : elle va très souvent à l’essentiel, sacrifiant certains détails au profit de la dynamique de l’histoire. Les scènes sont décrites très simplement ce qui nous empêche de nous perdre dans une multitude d’informations

Toutefois, son style est une arme à double tranchant puisqu’il limite également l’immersion du lecteur, l’auteur accordant le même traitement aux scènes qui lui auraient permis de s’imprégner davantage de l’histoire. Par exemple, les personnages apparaissent aux yeux du lecteur comme des spectres qui souhaiteraient prendre corps mais refuseraient de se dévoiler. Il manque quelques descriptions, quelques détails pour leur faire prendre de l’épaisseur, de la consistance et c’est là que l’auteur atteint les limites de son style. On sent qu’elle peut faire mieux, qu’elle en a encore sous le talon mais elle semble retenue par la peur d’une sortie de route (toute légitime si l’on se place dans le contexte d’une première production aussi importante et auto-éditée).

Ce manque de détails nous empêche de savourer un récit qui avait toutes ses chances de permettre une identification aux survivants car, et c’est assez rare, on est ici loin des romans ayant pour décors des villes aux gratte-ciels vertigineux, aux autoroutes à six voies, aux grands espaces chers à nos amis américains. Non. Ici on se retrouve en terrain connu. Pas de soldats bardés d’armes automatiques achetées au drugstore du coin, pas de psychopathes arpentant les villes comme des sauvages en quête de survivants à martyriser, juste des individus qui pourraient être nos voisins, nos amis, dans un décor qui pourrait sans problème nous rappeler notre environnement quotidien. Au cours de ma lecture, je me suis d’ailleurs plusieurs fois surpris à penser à tel ou tel endroit que je connais.

premiere couverture le monde des mortsDu côté des réactions des personnages, certaines restent pour moi incompréhensibles et peu crédibles. Par exemple: que l’héroïne veuille absolument sauver son chat, soit. Mais que des survivants qu’elle vient juste de rencontrer prennent le risque d’aller le chercher dans une voiture au beau milieu d’une zone infestée de zombies, j’ai é-nor-mé-ment (!) de mal à y croire. Heureusement dans l’ensemble le récit se tient et on ne peut décemment pas s’arrêter à ça.
De même, les actions des personnages sont parasitées par des dialogues convenus qui sonnent difficilement vrais. J’ai parfois eu l’impression de lire les dialogues d’un roman destiné à des pré-adolescents. A l’exception de quelques passages qui sortent vraiment du lot, ceux-ci manquent cruellement de punch.

Enfin la sensibilité toute féminine de l’héroïne pourra en refroidir quelques uns (attention, je ne fais pas preuve de machisme que ce soit bien clair) car elle rend un peu plus compliquée l’identification pour nous autres, lecteurs aux attributs indéniablement masculins. Mais je suppose qu’il en va de même pour nos amies lectrices quand elles lisent un roman dont le personnage principal est un homme bourré de testostérone. Certains passages mielleux m’ont malgré tout arraché quelques haussements de sourcils et regards au plafond mais j’avoue parfois manquer de sensibilité…

Isabelle Haury est tout de même parvenue à m’intéresser jusqu’au bout grâce au régime moteur maîtrisé de son ouvrage et à des virages scénaristiques bien négociés . Elle est capable, grâce à quelques idées intéressantes, de faire grimper la tension de façon très habile (à titre d’exemple : les bruits entendus dans le fort par l’héroïne). Les personnages vivent des moments palpitants, enchaînent les fuites, subissent des attaques, des déconvenues et des moments de gloire. Ils croisent d’autres survivants, perdent des camarades tout aussi régulièrement et nous emmènent tranquillement jusqu’à une fin bien amenée mais sans surprise.

Le Monde des Morts nous propose donc un moment de lecture pas désagréable, à défaut d’être exceptionnel, dont il serait dommage de ne pas profiter, ne serait-ce que pour voir ce qu’Isabelle Haury garde sous le pied.

Suivez l’actualité de l’auteur sur son site. Le roman est disponible en version PDF pour 6,99€ et en version papier pour un peu moins de 18€.

À propos de l'auteur

Incapable de se faire comprendre par le genre humain, vif comme un cailloux roulant au fond d'une rivière, beau comme une olive verte oubliée au soleil, Baron Mardi s'est, il y a de nombreuses années, tout naturellement rapproché des zombies qu'il considère comme ses pairs. Il pense, parle et surtout sent le zombie. Bref, on peut dire que Baron Mardi aime le zombie. Détail troublant: Jusqu'à présent, il évite soigneusement de parler de ses goûts culinaires. Allez savoir pourquoi...

3 commentaires

  1. Willy dit :

    18€ pour 260 pages.
    Bonne blague.

  2. David Talon dit :

    Disons que pour un roman auto édité, c’est accessible. Le coût de revient en est pas loin, et on soutient l’auteur. après chacun sa sensibilité, je préfère 18 euros pour le bouquin d’un fan du genre que la même somme pour une daube comme on en trouve par wagons à la Fnac!

  3. Baron Mardi dit :

    Je rejoins ton avis David, 18€ pour encourager un auteur qui débute, qui prend le risque d’une auto-édition, ça ne me fais rien si je n’ai pas mon quota de pages. La quantité ne signifie pas toujours qualité…Je suis sûr qu’en cherchant bien, certains romans de plus de 300 pages ne mérites clairement pas les 18€. Le premier qui me viendrait à l’esprit, et qui parle de zombies, il est de Tobe Hooper et il s’intitule  » Midnight Movie « . Et bien c’est une bien belle merde de pages à 17€ et des poussières…Même s’il fait 254 pages ( 😉 ).

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