Critique de Déchirés

dechires stenson

Pour certains, les zombies sont une véritable drogue. Nous le consommons sous toutes ses formes : films, jeux-vidéo, bandes-dessinées, comics, séries, mangas et surtout livres. Tout comme Chase et Sténo, les héros du roman Déchirés, se défoncent à la meth que ce soit en la sniffant, en se l’injectant, en la fumant ou en savourant ses vapeurs ; à en oublier qu’ils sont entourés de zombies.
Dans son premier roman, qui sortira le 28 août chez Super 8 éditions, Peter Stenson, nous invite en effet à plonger dans une aventure où fumette et zombies sont au rendez-vous.

DECHIRESTout commence quand nous découvrons Chase, le narrateur du roman, et Sténo, son meilleur ami, un junkie obèse, alors qu’ils se shootent à la meth depuis plusieurs jours. Inconscients de ce qui se passe à l’extérieur de l’appartement de Sténo, ils pensent faire un mauvais trip lorsqu’ils assistent au lugubre spectacle d’une petite fille dévorant un rottweiler. Et que dire de cette entrée en matière ? Elle est tout simplement parfaite. En effet sans perdre de temps, l’auteur nous fait entrer directement dans le trip de ses personnages et nous confronte comme eux à cette apocalypse inattendue. Nos héros décident alors de quitter la ville pour rejoindre la planque isolée de leur dealer – l’Albinos – craignant surtout de vivre une apocalypse sans leur dose de drogue ; mais Chase n’a qu’une chose en tête : retrouver Kay, son ex dont il est toujours amoureux.

« Je sors le petit bout de verre de ma poche. Je le brûle. Ça fait que deux taffes, et j’ai beau être encore défoncé de la semaine de débauche qu’on vient de se taper, ça monte grave, parce qu’en jetant un œil derrière le drap GI Joe qu’on a tendu devant la fenêtre, j’aperçois une petite fille qui joue avec un chien. Je trouve ça mignon, cette petite blondinette qui s’approche du chien à quatre pattes, comme si elle voulait l’imiter. Et là, je remarque que le clébard tremble. C’est un molosse, un rottweiler, et il tremble, la tête baissée, la queue entre les pattes. »

Nous embarquons alors dans un road trip ultra rythmé et palpitant où nos héros essaient de survivre à d’étranges zombies aux ricanements permanents et surtout au risque de se retrouver à cours de drogue. Commencer Déchirés, c’est prendre le risque de ne plus pouvoir lâcher le livre et d’essayer, comme moi, de discerner les pages à un arrêt de bus de nuit (sans lumière) puis d’affronter, une fois dans le bus, entre deux secousses, cette irrépressible envie de vomir qui vous prend en lisant. En effet, une fois entré dans l’histoire, il devient difficile de s’en extirper tant nous nous prenons d’intérêt pour les héros, ces junkies tantôt désespérés, tantôt se croyant les maîtres du monde. Peter Stenson décrit d’ailleurs avec un talent rare les pensées complexes de son personnage principal, entre ses rares moments de lucidité et les moments où la meth qu’il a consommée lui dicte ses actes.
À ce titre, le style de l’auteur, direct (au point que les dialogues sont souvent insérés directement au cœur des descriptions, sans guillemets ou tiret cadratin) et percutant permet à l’ensemble de défiler à un rythme d’enfer sans jamais perdre le lecteur. Notons au passage l’excellent travail de traduction.

« Je pompe, je tire, je pompe, je tire. Sténo fait pareil. On pousse tous les deux des hurlements. Je me demande s’il est dans le même délire que moi – un jeu de tir dans une salle d’arcade, deux joueurs contre le reste du monde. Ils s’effondrent et je crie, On ricane moins maintenant hein ? Pour la première fois de ma vie, je vois une cage thoracique ouverte. Le môme doit avoir dix piges. On ne voit plus que ses côtes blanches, son pyjama Scouby-Doo et son pied gauche qui convulse. Quatre cadavres. Je suis Tarzan. »

De plus, Peter Stenson, au milieu de ce récit de junkies, parvient à nous présenter une histoire d’amour convaincante dans tout ce qu’elle a de cru et de sentimental. Les relations entre Chase et Kay, qu’il a rencontrée en cure de désintoxication et avec qui il s’était juré de ne pas retomber dans la came, sont ainsi parfaitement décrites et l’évolution de leur histoire en fait l’une des plus captivantes qu’il m’ait été donné de lire dans un roman zombie. Jamais cucul, jamais exagéré, tout se tient et est limpide, malgré l’abondance de vapeurs de meth.

Déchirés est donc typiquement le genre de romans que nous vous recommandons. Bien écrit, intelligent et intense, ce savoureux mélange entre deux univers que rien ne prédestinait à se rencontrer, celui de la drogue et celui d’une apocalypse zombie, est tout simplement un livre à ne pas rater.

1 commentaire

  1. heisenbergg dit :

    Un must….originale,cru,glauque,ultra bien écrit,percutant….Très très costaut….

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