Critique de Culture Zombies de Matt Mogk

Culture zombies

En 2011, Matt Mogk, le fondateur de la Zombie Research Society qui réunit aux États-Unis et sur internet des milliers de passionnés de culture zombie, publiait Everything you ever wanted to know about zombies avec un objectif simple : permettre à ses lecteurs d’avoir une vision globale de la figure du zombie. Traduit sous le titre de Culture Zombies par les éditions Muttpop, le livre est aujourd’hui disponible en France, l’occasion pour nous de vous parler de cette véritable bible du genre.

Culture ZombiesDivisé en quatre parties et précédé d’une préface de Max Brooks (qui est lui aussi membre de la ZRS), Culture Zombies invite ses lecteurs, amateurs et passionnés, à un voyage initiatique au pays du zombie. Ainsi vous découvrirez, tout au long des 287 pages de l’ouvrage, quelles sont les origines du zombie moderne (partie 1 : le zombie basique), quel est son rôle dans la science ainsi que ses caractéristiques physiologiques (partie 2 : la science zombie), les implications survivalistes d’une apocalypse zombie (partie 3 : survie) et enfin une analyse de sa place dans la culture populaire (partie 4 : la culture populaire).

La première partie de Culture Zombies, dédiée à la définition et à la présentation des origines du zombie est, bien qu’étant la plus courte, la plus intéressante de l’ouvrage. Ainsi, après la lecture de ce premier chapitre, vous saurez enfin que le zombie vaudou n’a rien à voir avec le zombie moderne (dont nous parlons sur MZC) et que ce dernier est bel et bien né avec La nuit des morts-vivants en 1968 sous la direction de George A. Romero. L’utilisation du terme zombie, pour décrire les créatures inventées par Romero sous l’influence majeure de Je suis une Légende de Richard Matheson (RIP), s’expliquant en réalité par le changement de titre de Dawn of the Dead en Zombie suite à la demande d’une des majors qui produisait le film. Matt Mogk rend ainsi bellement hommage au créateur de la figure qui nous passionne tous en rendant à Romero ce qui est à Romero.
Le cœur de ce chapitre reste toutefois la définition du zombie qui nous est présentée.

“Le zombie moderne est un cadavre humain réanimé et contaminé par une infection biologique le rendant particulièrement agressif”.

Culture ZombiesNon seulement cette définition est très justement formulée mais en plus elle comporte de nombreuses implications (que l’auteur développe évidemment) qui permettent de saisir parfaitement le zombie sous toutes ses formes. Ainsi, l’agressivité irrépressible du zombie est par exemple, selon Matt Mogk, à rapprocher de son absence de conscience et de l’impossibilité de négocier avec lui. De la même manière, il n’hésite pas à élargir cette définition afin d’incorporer les infectés dans les rangs des zombies. Il élabore ainsi l’idée de “zombies vivants” (les infectés) qui, bien que ne répondant pas aux critères de “mort-vivant”, n’en restent pas moins des zombies.
L’aspect biologique de l’infection est le seul critère qui nous semble sujet à débat (même si la démonstration de Matt Mogk est convaincante) car il signifie exclure certains possédés très proches des zombies comme ceux de REC ou Demoni (et non ceux d’Evil Dead).

Quoi qu’il en soit, cette première partie compte également un passage vraiment génial où l’auteur passe au crible d’autres figures mythologiques souvent caractérisées de zombies et nous démontre pourquoi elles n’en sont pas.

“Son acharnement implacable fait du mort-vivant un chasseur hors pair. Les zombies sont l’incarnation même du caractère inévitable de la mort. Ils ne s’arrêtent jamais. Ils ne complotent jamais, ne planifient rien. On ne peut ni négocier avec eux ni les raisonner. Ils n’ont ni libre arbitre ni pouvoir de décision, et n’ont de toute façon pas conscience de ce que signifie faire un choix. Ils errent éternellement, dans le seul but de pourchasser et capturer leur proie, c’est-à-dire vous.”

Dans la seconde partie, vous apprendrez notamment quelles sont les caractéristiques physiques du zombie et ses usages dans la science au travers d’une rétrospective complète et pédagogique. Par exemple, l’auteur nous présente, sans jamais nous perdre dans des détails inutiles, comment le cerveau d’un zombie ou bien son système sanguin fonctionneraient, quelles seraient ses techniques de chasse, comment utiliserait-il ses sens. Autant de thèmes abordés avec simplicité mais sérieux que Matt Mogk n’hésite pas à illustrer avec de nombreux exemples pertinents.

“Si les zombies seront en effet les responsables de la fin du monde, certains affirment que l’horrible mutation d’un virus humain sera le déclencheur de l’apocalypse. D’autres prévoient qu’une nouvelle infection étrange chez les animaux franchira la barrière des espèces avec des résultats désastreux. D’autres encore désignent les progrès dangereux dans le domaine de la guerre biologique comme un point de départ logique. En réalité, il n’y a aucun moyen de prédire quelle sera la véritable cause de la grande pandémie de zombies.”

Culture ZombiesLa troisième partie s’intéresse davantage à la survie. S’il est vrai que notre première crainte à la lecture de ce genre de texte est de retrouver ce que Max Brooks a pu développer dans son Guide de survie en territoire zombie, l’auteur reconnaît immédiatement qu’il ne fera jamais aussi bien et propose donc un angle différent. Celui-ci préfère nous offrir des conseils de survie beaucoup plus terre-à-terre comme par exemple comment purifier l’eau ou trouver un abri. Ce sont certes des thématiques qui ne nous passionnent pas forcément chez MZC, mais les conseils sont bien amenés et le lecteur se retrouve à la fin de cette partie à compter le nombre de choses qu’il a apprises. Il est d’ailleurs très agréable pour tout fan de culture post-apocalyptique de voir que toute la partie est construite autour d’un message fort : en cas d’apocalypse zombie, la plus grosse menace sera l’autre et la futilité de l’Homme. A ce titre, cette partie est une fois de plus richement illustrée avec de nombreuses mises en perspective historiques et l’utilisation d’un grand nombre de faits réels en guise d’exemples.

“Avec ses coûts de production moindres et ses fans particulièrement dévoués, le film d’horreur est le genre le plus populaire et le plus profitable du cinéma contemporain. C’est également, malheureusement, le moins respecté. […] Et le sous-genre le moins respecté du cinéma d’horreur, tout en bas de l’échelle, est sans aucun doute, le film de zombies.”

Enfin, la quatrième et dernière partie est un peu plus classique et s’intéresse à la place du zombie dans la culture populaire. Si elle ne peut rivaliser avec des ouvrages comme Zombies ! ou Zombies ! Une histoire illustrée des morts-vivants, elle n’en reste pas moins passionnante. Le livre de Matt Mogk se différencie malgré tout des ouvrages sus-cités avec notamment des thématiques comme les scènes d’ouverture des films de zombie et un focus assez important sur les mouvements populaires générés par la culture zombie comme les zombies walks ou les RP zombies. On regrettera simplement, que la fin se termine un peu trop en listing avec des thèmes qui ne sont pas bien incorporés dans le déroulement logique du livre ; mais cela reste un détail.

En fin de compte, si Culture Zombies est sans discussion possible un must-have pour tout fan de zombies, il est également, et c’est là sa force, un ouvrage qui saura intéresser et passionner quiconque mettra la main dessus.

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