Critique de L’Évangile Cannibale

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Une apocalypse zombie est la chose la plus tolérante qui soit. Elle se moque que vous soyez un homme, une femme, blanc, noir, chrétien, musulman, juif, jeune, vieux… elle se contente de vous frapper. En revanche, si nous y regardons de près, nous voyons que la fiction zombie possède un archétype du survivant qui se répète inlassablement. Et c’est cela que Fabien Clavel a essayé d’exploiter dans son dernier roman intitulé L’évangile Cannibale en nous proposant de suivre les aventures de survivants un peu particuliers : les pensionnaires d’une maison de retraite.

Synopsis : “Aux Mûriers, l’ennui tue tout aussi sûrement que la vieillesse. Matt Cirois, 90 ans et des poussières, passe le temps qu’il lui reste à jouer les gâteux. Tout aurait pu continuer ainsi si Maglia, la doyenne de la maison de retraite, n’avait vu en rêve le fléau s’abattre sur le monde. Et quand, après quarante jours et quarante nuits de réclusion, les pensionnaires retrouvent la lumière et entrent en chaises roulantes dans un Paris dévasté, c’est pour s’apercevoir qu’ils sont devenus les proies de créatures encore moins vivantes qu’eux. Que la chasse commence…”

Tout démarre donc dans une maison de retraite tout à fait banale qui pourrait bien être celle où les aînés de votre famille séjournent. Pourtant, alors que l’histoire nous est contée par Matt, l’un des pensionnaires, âge de 90 ans, nous découvrons vite que derrière les apparences se cache une vérité honteuse. C’est ainsi que dans la première partie de son livre Fabien Clavel nous dresse un portrait critique de ce milieu dirigé par des “z-soignantes” sans compassion alors qu’il dépeint sans aucune retenue tout ce que la vieillesse a de honteux et de naturel.

“On est des guerriers désarmés. Parfois, c’est les vêtements qui nous manquent. Soit on t’habille tous les jours de la même manière, soit on te refile ceux du voisin qu’est mort et qu’était obèse, ça s’enfile plus facilement. La transition linceul, j’appelle ça.”

évangile cannibaleAinsi, alors que le livre est censé être la transcription écrite de bandes audios enregistrées par Matt, le style de l’auteur, forcément très oral, ne s’encombre pas de considérations syntaxiques et va droit au but. Le lecteur est alors catapulté avec succès dans les pensées fourbes et acides de ce pensionnaire. Pour autant, ce choix n’empêche aucunement l’auteur de placer de nombreuses images et formulations riches dans son ouvrage, qui viennent alors soutenir ses propos souvent outrageants. Le récit de Matt nous est ainsi envoyé en plein visage sans aucune considération et c’est, si vous avez l’estomac bien accroché, un vrai plaisir. Ça parle de merde, de pisse, de vomi, de sang mais c’est de la littérature.
De plus, Fabien Clavel n’hésite pas à parsemer son ouvrage de petites réflexions bienvenues et de piques à l’actualité notamment en mentionnant entre autres, les catastrophes provoquées par l’homme comme celles de Bhopal ou de Tchernobyl, ou bien le conflit syrien et ses horreurs.

“C’est le règne du glaviot, l’empire du mollard. Je mitraille à vue… J’ai même acquis une certaine précision. Il y en a une que j’ai eue dans l’oeil droit. Faut dire que c’était son premier jour. Elle savait pas encore. Elle s’est approchée. J’ai ajusté. Platch ! Dans le mille !”

Au-delà de cela, l’histoire en elle-même, en plus d’être extrêmement originale, intéresse le lecteur du début à la fin. Le choix d’un livre assez court y est d’ailleurs pour beaucoup. Découvrir une apocalypse zombie du point de vue d’une troupe de vieux séniles et incontinents lancés sur l’asphalte des routes parisiennes est ainsi un voyage aussi inattendu que rythmé. Les papis et mamies du groupe n’avancent pas, se traînent sur leurs fauteuils roulants, pourtant leurs aventures défilent à un train d’enfer : ils fuient les zombies, pillent les hôpitaux pour faire le plein de couches, organisent leur survie etc… Construit sur le modèle des évangiles, nos héros partent ainsi à quatorze de l’hospice, et rencontrent de nombreux obstacles dans leur fuite, avant d’être décimés un à un.
Mais le grand point fort de l’ouvrage est la réussite de l’auteur à nous faire adhérer à la vision paranoïaque et décalée de son héros. C’était un pari difficile et pourtant, malgré la psychologie tordue de son personnage, qui pense que tout n’est qu’un complot contre lui et parvient à tout expliquer en le ramenant à sa personne, nous ne remettons jamais en doute ses motivations et ses points de vues. Tout n’est que folie dans sa tête mais en nous projetant en lui nous acceptons son éclairage, brides de lucidité.

“Ils avaient décidé de raser la capitale ! Aux grands maux, les grands remèdes. Mes ennemis passaient à la vitesse supérieure. Pour l’instant, ils devaient pas savoir où j’étais parce qu’ils larguaient leurs bombes du côté du champ de mars. Mais on serait sûrement la prochaine cible.”

Je ne regretterais que le passage au jardin d’Éden (le jardin du Luxembourg) dans le roman, où Matt convainc ses camarades qu’il faut repeupler la Terre et engendrer une nouvelle génération. Là seule femme à ce moment-là étant une jeune fille de quatorze ans, j’ai trouvé les scènes crues qui en découlent vraiment déplacées et de mauvais-goût. Mais c’était certainement l’effet recherché.
Je suis également un peu partagé quant au fait que les zombies soient presque absents au début des aventures de nos héros alors qu’ils se retrouvent par milliers à la fin. Il y a certes une ébauche d’explication mais en l’occurrence pour un amateur de littérature zombie, ce n’est pas très convaincant.

L’évangile Cannibale est donc un roman qui se lit très vite et avec un certain plaisir tant nous sommes interpellés par les saloperies débitées par l’auteur tout au long de son ouvrage et tant l’histoire est, au travers de ses personnages, originale. Un livre zombie à ne pas mettre entre toutes les mains. Et probablement pas entre celles de votre mamie chérie.

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2 commentaires

  1. […] aussi : La critique de Cornwall (La Prophétie des Ânes), de Squeletor (My Zombie Culture), de Lune (Un papillon dans la Lune), de Stegg (Psychovision), de StepH (E-maginaire), de Bruno Para […]

  2. […] avis : Nymeria – Lune – My zombie culture L’évangile cannibale de Fabien Clavel Taggé sur :ActuSf    Fabien […]

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