The Last Survivors, Saison 2 – Épisode 20

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Épisode 20 – Interrogatoire musclé

Assise sur la banquette arrière de la Dodge, Valery avait plongé son regard meurtri à travers la vitre, encore sous le choc après les événements de l’abattoir. La nuit était noire, la forêt réduite à une masse compacte et sombre d’où émergeaient quelques branches qui se mouvaient tels des fantômes.

—    Comment tu m’as retrouvée ? s’enquit-elle sans détourner les yeux.

—   J’ai suivi le type qui vous a enlevés jusqu’à l’abattoir, répondit Caïn assis à l’avant, sur le siège passager. J’ai ensuite rejoint les gars au point de rendez-vous. Mais c’est fini, maintenant. Le type est mort et tu es saine et sauve.

—   Ouais, lâcha l’infirmière en gloussant.

Son cœur tremblait. L’image des zombies pendus à ses côtés et la vision du tueur la pourchassant inlassablement la tourmentaient encore. Elle ne parvenait pas à les effacer de son esprit. Une brusque douleur lui serra tout à coup l’estomac et elle éprouva le besoin d’évacuer tout le stress qu’elle avait ressenti durant sa captivité.

—    Arrête la bagnole ! lança-t-elle en se couvrant la bouche.

—    Quoi ? rétorqua Caïn, surpris.

—    Arrête la bagnole tout de suite !

Le véhicule stoppa brusquement. Valery bondit aussitôt à l’extérieur, courut à la lisière du bois et vomit. Elle rejetait tous les souvenirs douloureux qui la hantaient toujours. Caïn la rejoignit et se posta derrière elle.

—    T’en fais pas. C’est normal.

—   T’avais raison. J’aurais pas dû venir avec vous. Je suis pas faite pour ce genre de choses.

—   Tu es plus forte que tu veux bien le croire. Tu as survécu à un fou-furieux alors que bon nombre de survivants aguerris auraient péri. Ne te sous-estime pas.

—   C’est gentil de me remonter le moral.

—   Et puis, notre mission touche bientôt à sa fin.

—   Comment ça ? demanda Valery en se retournant.

Caïn esquissa un sourire et dit :

—    On a trouvé quelqu’un qui sait où se cache Henry…

***

La Dogde quitta la nationale et s’engagea dans un quartier résidentiel. Les maisons bordaient la route et semblaient abandonnées. Le véhicule s’arrêta devant l’une d’elles. Caïn sortit en premier, suivi par Valery et ses hommes. Deux types armés montaient la garde devant la demeure. L’homme s’adressa à l’un d’eux en montant sur la véranda.

—    Quelque chose à signaler ?

—    Non, Caïn.

—    Le vieux a parlé ?

—    Pas que je sache.

Caïn entra dans la maison.

—    On est où ? demanda Valery en entrant à son tour.

—    Chez un gentil couple de retraités.

Valery aperçut Martha et son petit-fils, prostrés sur le sofa. Ils étaient sous bonne garde. Elle suivit Caïn à l’étage. Ce dernier poussa une porte et ils entrèrent dans une chambre au moment où un des malabars frappait violemment Robert au visage. Le vieil homme était ligoté à une chaise. Il pissait le sang.

—   Putain ! lança le malabar en grimaçant ! Je me suis niqué la main, bordel ! (Il se retourna vers Caïn.) Ce salopard veut rien balancer !

Alors que Valery restait en retrait, sur le pas de la porte, Caïn s’approcha de Robert et s’agenouilla face à lui.

—    Ne nous rends pas la tâche plus difficile.

—    Va te faire foutre ! Je balancerai que dalle, gamin !

Son visage était en sang. Des entailles zébraient son front et ses joues, signes d’un interrogatoire musclé.

—    Allons… Pourquoi agir comme ça ? Henry n’est même pas de ta famille !

—    Je connais les types dans ton genre !

—    Ah bon ?

—   Tu survis dans ce monde au détriment des autres. Tu tues pour ne pas à avoir à affronter la réalité.

—   Et de quelle réalité tu parles ?

—   Que tu es condamné à mourir ici et peut-être finir comme un putain de zombie !

Le regard de Caïn se rembrunit tout à coup. Les traits de son visage marquaient son agacement. Il se redressa en soufflant.

—    Ne m’oblige à faire du mal à ta famille.

—   Si tu as le malheur de leur faire quoi que ce soit, tempêta Robert en s’agitant sur sa chaise, je te…

—   Tu feras quoi ? l’interrompit brusquement Caïn d’une voix menaçante. Regarde autour de toi… Personne ne viendra t’aider. Tu es seul face à une bande de mecs armés et très en colère !

Robert cracha soudainement sur Caïn un mélange de sang et de salive. Ce dernier s’essuya le visage en se mordillant les lèvres pour contenir sa colère. Il se tourna vers un de ses hommes.

—    Va me les chercher.

—    Non ! Laisse-les en dehors de tout ça !

—    Tu ne me laisses pas le choix.

Une minute plus tard, l’homme revint avec Martha et le petit garçon. Il les poussa sans ménagement dans la pièce.

—    Sale enfoiré ! s’écria Robert, impuissant.

Caïn arracha le garçon des bras de Martha qui pleurait.

—    Laisse-le tranquille ou je te je jure que…

—    Je sais. Tu jures de me tuer si je lui fais du mal… blablabla. Mais tu vois, j’en ai strictement rien à foutre, moi. Je pourrais lui coller une balle en pleine poire là… tout de suite… mais j’ai besoin de savoir où se trouve Henry !

Il serra le dos du garçon contre lui, posa une main sur son cou et l’autre sur sa tête, de sorte à ce que Robert voit son visage.

—    Où est-il ?

—    Non… bredouilla le vieil homme en détournant son regard.

—    Dernière chance !

Mais Robert ne répondit pas. Il essaya de retenir ses larmes pour ne pas montrer ses faiblesses à son assaillant mais il ne put se contenir. Il s’abandonna à des sanglots incontrôlables. Il releva la tête et plongea les yeux dans ceux de sa femme. Elle pleurait.

Caïn, poussé par sa soif de vengeance, serra le cou du garçon qui manqua rapidement d’air.

—    Robert ! lâcha Martha entre deux sanglots. Fais quelque chose, je t’en prie.

—   Caïn ! s’exclama Valery, terrifiée par le comportement de l’homme. Tu fais quoi, là ?

L’homme serra plus fort. Le visage de l’enfant blêmit et ses lèvres bleuirent en une fraction de seconde. Robert comprit alors que Caïn irait au bout de ses menaces.

—   Ok ! lâcha le vieil homme, le cœur meurtri. Je vais parler… mais relâche-le. Je t’en supplie… relâche-le.

Caïn semblait être entré dans une sorte de transe qui le poussait à serrer le cou du garçon toujours plus fort. Il ne le relâcha pas. L’enfant émettait des petits gémissements étouffés. Sous la pression des mains de son agresseur, ses yeux s’injectèrent subitement de sang. Valery s’interposa alors.

—   Caïn ! s’écria-t-elle horrifiée en tirant sur son t-shirt. Il a dit qu’il allait parler !

L’homme sortit brusquement de sa transe et relâcha le garçon qui courut aussitôt se blottir dans les bras de sa grand-mère en larmes. Valery s’écarta alors de lui en poussant un soupir de soulagement.

Caïn avait perdu le contrôle. Son cœur tremblait et battait fort, comme un train lancé à pleine vitesse. Ses émotions avaient pris le dessus. Il avait déjà ressenti ça lorsque Henry l’avait trahi. Enfermé dans la vieille ferme, contraint de percer les crânes des zombies qui s’agglutinaient aux barricades des fenêtres avec un tisonnier, il avait perdu possession de son corps.

Il reprit le contrôle de ses émotions et s’agenouilla à nouveau face à Robert qui sanglotait.

—    Alors dis-moi vieil homme… où est Henry ?

—   Quand je l’ai rencontré, il était à la recherche d’une personne, hoqueta Robert. Alors je l’ai envoyé voir quelqu’un qui pouvait l’aider.

—   Où ça ?

Robert hésita une seconde mais les visages terrifiés de sa femme et de son petit-fils le contraignirent à répondre.

—   Il y a un groupe de survivants à huit kilomètres au nord de la nationale, près du barrage. Ils vivent dans un bunker. C’est là qu’il est.

—   Merci, dit Caïn en tapotant la cuisse de Robert. T’as bien agi.

Il se releva et se tourna vers ses hommes.

—    Préparez les affaires. Nous partons dans une heure !

Puis il sortit de la pièce. Martha et le garçon accoururent aussitôt vers Robert et l’enlacèrent sous les yeux de Valery. Le vieil homme embrassait l’enfant sur le front en lui répétant sans cesse :

—    Je suis désolé, mon cœur… je suis désolé.

***

Un homme de Caïn qui faisait sa ronde autour de la maison, son fusil tenu en bandoulière, rejoignit un de ses complices, sur la véranda.

—    T’as une clope ?

—    Putain… Tu fais chier ! C’est mon dernier paquet.

—    Allez… J’ai laissé les miennes au camp.

L’homme sortit son paquet de la poche de son pantalon et le lui tendit.

—   T’as vu ce qui s’est passé là-haut avec le vieux ? dit le type en sortant une cigarette du paquet.

—   Ouais. Caïn est furax.

—   Tu l’as dit.

—   C’est une erreur de traquer Henry. On finira tous par y laisser notre peau. Et puis, c’est son choix s’il est parti. Tu veux que je te dise… Bon débarras. Ce gars était un vrai connard !

—   Y en a marre de surveiller le mur en permanence. Un peu d’exercice ne te fera pas de mal. Regarde-moi ce corps d’athlète ! C’est pas en restant sans rien faire que tu auras une carrure comme la mienne !

Il se mit à rire en rangeant le paquet de son compagnon dans sa poche. Son acolyte ne s’en rendit même pas compte.

—   Bon… ajouta-t-il entre deux éclats. J’y retourne sinon le patron va me tomber dessus.

Il alluma sa cigarette et s’éloigna du type resté sur la véranda. Il fit le tour de la maison et s’immobilisa devant une des fenêtres de l’arrière-cour. Il observa un instant son reflet dans la vitre.

—    Putain que je suis beau !

De petits cliquetis résonnèrent brusquement. L’homme se retourna aussitôt en braquant son fusil devant lui. Les bruits éclatèrent à nouveau. Ils provenaient des poubelles installées dans un coin de la cour. L’homme écrasa sa cigarette et s’en approcha discrètement en balayant la zone avec la lampe fixée au bout du canon de son arme.

Chaque pas le rapprochait de la source des bruits. Son visage était resté figé et ses yeux suivaient le faisceau lumineux comme un robot. Il parvint aux poubelles, souleva le couvercle de l’une d’elles et lâcha un gémissement de dégoût. Des cadavres avaient été jetés à l’intérieur, certains remuant encore contre les parois métalliques. Au-dessus de l’amas d’immondices, le haut d’un corps coupé en deux était retourné sur le côté, les bras ballants le long du buste, comme s’il se reposait. L’homme le fixa un instant puis détourna le regard pour s’assurer qu’il n’y avait personne aux alentours.

Alors qu’il avait baissé sa garde, rassuré par la quiétude des lieux, le cadavre ouvrit soudainement les yeux et planta des ongles acérés dans son bras. L’homme ne cria pas. Il grimaça de douleur et tomba en arrière, surpris par le brusque réveil de la créature coupée en deux.

L’homme se tenait le bras, allongé au sol. Une violente douleur l’avait envahi. Il saignait abondamment. Il tenta de se relever mais le corps avait réussi à se hisser sur la poubelle et tenait en équilibre, les mains posées sur le rebord. Il fixa un instant l’homme en laissant échapper une bouillie noirâtre de sa bouche et se jeta sur lui.


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