Vous l’avez voulu ! Le choix des lecteurs N°39 : Dellamorte Dellamore

Dellamorte Dellamore

Lors du numéro 38 de notre rendez-vous Vous l’avez voulu ! Le choix des lecteurs, je vous promettais de ne pas laisser moisir cette rubrique. L’angoisse que vous réussissiez à trouver un film encore pire que le précédent était pourtant encore bien présente.

Peut-être avez-vous vainement retourné des tombes afin de dénicher un film qui aurait pu me valoir la magistrale cuite que je présageais pour ce numéro 39 ou peut-être que cette rubrique vous ennuie finalement… Toujours est-il que ce n’est qu’un mois plus tard que la première proposition tomba. Et, ô surprise ! ô joie ! cette proposition est excellente puisque Hell Vice, un fervent lecteur de la première heure, nous a proposé Dellamorte Dellamore ! (Navré KeepDaryl, mais surtout n’hésite pas à être le preums en commentaires cette fois-ci).

Dellamorte Dellamore

Je vous avoue avoir été quelque peu désappointé face à cette proposition. Depuis les débuts de cette rubrique, je m’étais en effet habitué à me taper des daubes, et à voir en entier (et j’en suis ravi) des films dont je ne supporterais habituellement pas plus de 5 minutes de visionnage. Et puis, j’avais trouvé mon rythme de croisière à m’endormir dans le canapé entre deux verres de Whisky, bercé par les grognements des morts-vivants d’un film low cost. Bref, était-ce la perspective d’un bon film ou à cause de ces satanées bonnes résolutions annuelles, toujours est-il que c’est en fin d’après-midi et accompagné d’une bouteille d’eau pétillante que j’ai lancé ce film culte des années 90.

« Francesco Dellamorte, mélancolique gardien de cimetière, flanqué de son fidèle compagnon, Gnaghi, a depuis quelque temps du pain sur la planche. Les morts enterrés dans son cimetière reviennent à la vie et cette mystérieuse épidémie se propage de tombe en tombe, de nuit en nuit. »

Dellamorte Dellamore

Il est des films où dès les premières minutes vous savez qu’il sera excellent et, vous l’aurez deviné, Dellamorte Dellamore est de cette trempe. En effet, en moins de deux minutes, l’esthétique et l’humour décalé propres au film sont mis en place. Dans l’ambiance baroque de sa maison de fonction, nous faisons connaissance avec notre héros Francesco Dellamorte (inspiré du héros Dylan Dog des comics italiens éponymes), formidablement interprété par un Rupert Everett au charisme incroyable. Dans cette courte scène, Francesco dézingue nonchalamment un zombie débonnaire puis poursuit tranquillement sa conversation téléphonique. 

Dellamorte Dellamore

Dans cette introduction rien n’est laissé au hasard par le réalisateur Michele Soavi et la prise de vue syncopée, l’ouverture de la porte, l’échange de regards, l’air quelque peu ahuri du zombie et cette petite fourmi qui se promène sur son oreille sont autant de détails qui en font une scène d’ouverture poétique, rigolote et mémorable. Et si ce passage est excellent, ce n’est certainement pas le seul moment qui vous surprendra. Tout le reste est en effet bercé par cet humour absurde et cette esthétique pesante, envoûtante, enivrante, chaude comme l’atmosphère d’un salon éclairé à la bougie et saturé de fragrance d’encens, à l’image de la fameuse scène du baiser drapé dans l’ossuaire qui est d’un érotisme macabre, dérangeante et attirante comme peut l’être un bord de précipice.

Dellamorte Dellamore

À leur manière, les acteurs contribuent également grandement à l’ambiance du film, d’abord grâce à leur jeu impeccable puis à l’incroyable charisme des deux acteurs principaux Rupert Everett et François Hadji-Lazaro, ce dernier incarnant d’ailleurs un personnage qui est à lui seul à l’origine d’une bonne part de l’ambiance humoristique et poétique du métrage ; un personnage résumant pour ainsi dire à lui même ce film. Pareillement, les rôles secondaires tels que la petite vieille ou le maire contribuent pleinement au côté décalé, onirique et poétique de Dellamorte Dellamore.

Dellamorte Dellamore

Car, ce film de zombies n’est rien d’autre qu’une oeuvre poétique et, pour être plus précis, un poème d’amour. Un thème exploré de manières différentes, entre amour beau, amour fou ou irrationnel selon que l’on suit Gnaghi, Francesco ou d’autres personnages. Ces différentes histoires d’amour sont d’ailleurs imprégnées d’un érotisme latent assez troublant (puisque toujours associées à la mort), mais sans jamais tomber dans le malsain, l’amour charnel étant toujours présenté comme le résultat évident du sentiment amoureux.

Dellamorte Dellamore

Et si l’esthétique et l’amour sont l’âme de ce film, l‘humour y trouve tout de même une place majeure. Un humour décalé qui ne conviendra certainement pas à tout le monde, mais qui m’a personnellement ravi. D’abord les personnages sont tous plus ou moins farfelus : le très attachant Gnaghi et son unique mot de vocabulaire, le maire obsédé par ses fonctions ou Francesco toujours taciturne et blasé. Les dialogues et réflexions des personnages sont parfois très amusants. Les situations, quant à elles, sont délirantes et la plupart du temps burlesques. Heureusement d’ailleurs, ce côté fantasque qui pourrait être dérangeant est parfaitement rééquilibré par la poésie des situations.

Dellamorte Dellamore

Bon… et les zombies, alors ? Comme dans beaucoup de très bons films de zombies, ceux-ci ne sont qu’accessoires, présents et absents à la fois, tantôt servant pour l’angoisse, tantôt pour l’humour, tantôt pour l’amour (eh, oui !). Au niveau maquillage, ils restent cependant dans l’état d’esprit du film, parfois sobres, parfois alambiqués comme le motard ou la femme zombie dont les chairs s’enchevêtrent aux végétaux qui l’entourent.

Vous l’aurez compris à l’utilisation répétée (excessive ?) des mots “poétique” et “esthétique”, mais ce film est une petite oeuvre d’art, une peinture baroque d’une centaine de minutes. C’est un film à ne pas manquer, du genre de ceux que vous reverrez et que vous souhaiterez montrer à vos proches. Précipitez-vous donc dessus si vous ne l’avez pas encore vu. Pour les autres, je n’aurai qu’un seul mot “Gna !”.

Dellamorte Dellamore

Vous avez vu Dellamorte Dellamore ? Alors n’oubliez pas de l’ajouter à votre collection zombie et de le noter !

Alors, qu’est-ce que vous proposez pour le numéro 40 ? On attend vos propositions en commentaire ou sur Facebook !

6 commentaires

  1. George Abitbol dit :

    Je fais ce commentaire non pas en qualité d’homme le plus classe du monde mais uniquement sous la contrainte, Baalero m’ayant menacé de *mots manquants* si je ne faisais pas, je cite, « les éloges qu’il mérite de droit divin ». Mais ce qui m’a convaincu, c’est la présence de cette photo putaclic, sans laquelle cette chronique serait comme Donald Trump sans son balai à chiotte sur la tête. Et j’parle évidement de la 5ème photo.

    Et sinon, pourquoi pas une petite chronique sur la trilogie reanimator? Ou juste sur le 3ème tiens.

  2. Dudule dit :

    Meuh non Baalero ! Cette rubrique est vraiment distrayante ! J’aime bien découvrir les daubes à travers tes critiques. Pour ce qui est des trésors « vintage », si celui-ci en est un, alors il se pourrait que je me le dégote un de ces jours.

    1. Baalero dit :

      Contrairement à la majorité des films que j’ai pu visionner pour cette critique , tu aller voir Dellamorte Dellamore les yeux … ouverts!
      un super film!

  3. sandman dit :

    vraiment pas mal comme film je le conseil a tout le monde, le film dylan dog par contre ressemble a un mélange de buffy croisé avec teen wolf et evil dead ^^

  4. HELL VICE dit :

    J’ai bcp aimé les zombies dans ce film, ils ressemblent vraiment à l’idée que l’on se fait de véritables cadavres animés: Rigor mortis, couleur étrange, putréfaction et insectes. Il ne manque que l’odeur.
    Comme Baalero l’a justement mentionné, la touche artistique du film est excellente, le scénario est bon, les acteurs sont bons, la photographie cartonne et il y a des passages franchement énormes (comme le passage avec la fille du maire et les scouts, qui me fait toujours autant marrer)
    Même la fin du film est intrigante et pousse à une réflexion post-visionnage (que je ne spoilerai pas) élevant pratiquement ce Dellamorte Dellamore au rang du « 2001,[…] » du genre Zombie. ^^

    Sinon mine de rien c’est la 2nde fois que ma proposition est retenue pour un « Vous l’avez voulu », sans conteste un des highlights de ma vie haha *-*

  5. Dudule dit :

    Maintenant que j’ai vu Dellamorte Dellamore, je peux effectivement me ranger de votre côté et dire que c’est un joli film. De belles images, de bons acteurs, des détails qui nourrissent toujours la curiosité. J’adore le genre de scène où l’on voit Francesco bondir du trou qu’il creuse, c’est drôle et moderne. Cela fait partie de ces films dans lesquels on ne sait pas où on va et on y prend un certain plaisir. Je m’attendais à une bande son bien plus vieillotte.

    C’est un peu le Sergio Leone du zombie, ce film.

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