Critique du tome 1 d’Infection de Craig Dilouie

infectionT1

Après avoir chroniqué Homeland of the dead en mars dernier, nous nous sommes penchés sur un autre livre de Craig Dilouie : le tome 1 d’Infection, sorti en toute discrétion en mai dernier, et nous continuerons d’ici quelques jours avec le tome 2, dont la sortie est prévue mi-octobre. Toujours édité par Panini Books, le livre narre une nouvelle fois la vie d’un groupe de survivants dans un monde détruit par un mal étrange.

infectionT1-couvEn effet, le monde tel que nous le connaissons a disparu le jour où, sans aucune raison apparente, la plupart des habitants ont poussé un cri, puis ont sombré dans un état catatonique pour se réveiller quelques jours plus tard en attaquant les vivants. Ce que l’auteur appelle le Hurlement signe donc le point de départ du roman selon un modèle classique du type : virus/incompréhension/mauvaise réaction/écroulement de la société/survie. Je ne vous en dis pas plus sur le déroulement afin de ne pas vous gâcher le plaisir de découvrir les rebondissements.

Pour commencer, le roman est empreint de cet esprit patriotique typiquement américain qui rend difficile l’identification aux personnages. Bien entendu il s’agit d’un ressenti personnel, mais sachez qu’il est bien présent chez la plupart des personnages. Toutefois, et c’est là une des forces du livre, cet esprit s’estompe peu à peu, montrant cette fois-ci une évolution des caractères des personnages moins stéréotypée que ce que nous sommes habitués à lire dans la littérature apocalyptique.

Ensuite, et l’écueil n’est pas des moindres, l’écriture est maladroite. Bien entendu, nous n’attendons pas d’un auteur grand public des envolées lyriques dignes des plus grands moments de Lovecraft, mais le rythme est parfois si haché que la lecture en devient pénible. Non pas que ce soit mauvais, mais le style est bien souvent trop scolaire, avec par exemple des descriptions de ce type :

«Elle lève le bras gauche, fronce les sourcils en examinant une fine ligne rouge qui barre ses côtes. Les dents de la créature, coupantes comme des rasoirs, ont éraflé sa chair. Pas assez profondément pour nécessiter des points de suture, mais suffisamment pour faire couler le sang.»

Ces descriptions dignes d’une rédaction de seconde littéraire sont typiquement le genre de choses énervantes dans un roman. Alors certes, la langue anglaise est plus directe que le français, mais les traducteurs arrivent en principe à adapter le style à notre langue. Ici, on ne pourra que blâmer une fois de plus une traduction « bas de gamme », qui colle trop au texte original et nous force donc à subir de bien trop nombreuses descriptions de ce type.

Continuons donc avec les mauvais points sans pour autant vous dévoiler l’intrigue. En effet, un des autres problèmes de l’ouvrage est la tendance de son auteur à parsemer le récit de flash-back qui se révèlent au mieux inefficaces, au pire franchement énervants. Censés apporter un éclairage sur le passé des personnages, et sur la manière dont ils ont vécu le hurlement, ils tombent malheureusement bien souvent comme un cheveu sur la soupe, et donnent juste l’envie de voir le personnage mourir pour ne plus avoir à subir ses états d’âme pénibles et larmoyants.

Alors, tout est-il à jeter, dans ce livre, devez-vous passer votre chemin et garder votre argent pour acheter quelque chose de plus utile ? Eh bien non, car malgré tous ses défauts, ce livre se lit bien. Les personnages sont bien construits et plutôt crédibles. La psychologie du groupe, et de chacun de ses membres, évolue au fil du roman de façon plutôt logique et on sent réellement le lien qui se tisse entre chacun d’eux. Ainsi, cet adolescent, rejeté de tous avant le hurlement et qui trouve peu à peu sa place, ou cette mère de famille un peu psychorigide et qui à du mal à se défaire de ses habitudes autoritaires, sont avant tout des gens normaux, confrontés à des situations exceptionnelles, et chacun va “grandir” au sein de ce groupe.

De même, l’histoire et la gestion de la société sont bien plus logiques et crédibles que dans la plupart des ouvrages du genre. Ici par exemple, pas de société qui s’effondre totalement du jour au lendemain comme dans The Walking Dead. Le gouvernement tente de faire quelque chose et ne s’écroule pas du jour au lendemain. L’auteur développe ainsi une idée intéressante : l’Homme est un animal vivant en meute recherchant la sûreté et la protection des plus forts tout en essayant de prendre le dessus sur les plus faibles. Ici, il n’y a pas vraiment de héros ou de personnage faisant preuve d’une abnégation totale. Chacun a ses raisons égoïstes qui le poussent à agir, et Craig Dilouie réussit à dépeindre cet aspect avec un certain talent.

Finalement, il apparaît au fil des pages que ce qui semblait être un scénario bateau parvient à nous surprendre grâce une évolution des créatures et de la société bien plus originale que ce que les premières pages auraient pu laisser croire.

Pour conclure, Panini Books, publie ici un roman de facture honnête qui appelle à lire le tome 2 dès sa sortie le 16 octobre prochain. Nous ne manquerons pas de vous en parler dans une prochaine chronique.

Share Button

Vous pourriez aussi aimer

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *