Critique de Dead Genesis

Dead Genesis

Le problème avec les films à petit budget c’est que, lorsqu’on n’a pas affaire à un pseudo-film horrifique, on se retrouve souvent à devoir regarder une n-ième comédie complètement débile où des acteurs grimaçants se donnent la réplique. Heureusement, il arrive que certains réalisateurs prennent le zombie un peu plus au sérieux et s’adonnent à une critique acerbe des travers de l’humanité. Dead Genesis s’inscrit donc dans la lignée des drames zombies qui traitent avec plus ou moins de succès, de la psychologie des personnages et de leurs réactions lors d’une apocalypse zombie.

Réalisé par le canadien Reese Eveneshen, Dead Genesis se déroule sept mois après que les morts se sont réveillés. La civilisation n’a pas complètement disparue et ce qui reste de l’humanité survit dans des enclaves sous la protection de l’armée alors que le reste du monde a été abandonné aux hordes de zombies. C’est au milieu de ce chaos, qu’une journaliste amatrice, Jillian Hurts, décide de faire un reportage sur les DeadHeads, des groupes autonomes de chasseurs de zombies qui vivent en dehors des zones sécurisées et qui prennent part à ce qui est appelé « La guerre contre les morts » en tentant de reconquérir les villes abandonnées. Désireuse de tourner ce film pour montrer à ses concitoyens le courage de ces personnes qui se battent au jour le jour face aux zombies, elle rejoint un groupe de DeadHeads mené par un certain Korvin. Toutefois, une fois en compagnie de ces combattants qu’elles idéalise tant et une fois confrontée à la dureté de la situation, elle va bien vite se rendre compte que la réalité est bien plus sale que ce qu’elle croyait.

Dead Genesis

Dead Genesis commence par revenir sur les premiers jours de la crise et vous prend immédiatement aux tripes. Seulement quatre jours se sont écoulés depuis l’arrivée des morts et on retrouve un homme contemplant son enfant agonisant, en train de se faire dévorer par sa propre mère. La scène est dure, crue et froide comme on en voit rarement. Cette introduction continue en nous présentant les médias tels qu’ils sont devenus suite à l’arrivée des morts. On assiste alors à la projection d’un journal télé auquel une femme qui prône la tolérance envers les zombies a été invitée. La présentatrice la questionne alors sur une vidéo intitulée “Fuck pro-zombs!!” envoyée par des rednecks opposés aux zombies. La vidéo est tellement démente qu’elle décrédibilise complètement le discours naïf et presque ridicule de la protectrice des zombies, un plaisir coupable. En dix minutes à peine, Dead Genesis, vous propulse dans ce monde post-apocalyptique, et vous présente avec talent les différentes réactions des gens face à ce genre de situation, entre pacifisme moralisateur et démence immorale.

Passée cette introduction, nous faisons la connaissance de Jillian, l’héroïne. Malheureusement, quand elle rejoint les DeadHeads dans la forêt, le film perd un peu de saveur et de sa fraîcheur et retombe dans quelque chose de plus classique puisque l’on suit alors un groupe de combattants se contentant de se déplacer et d’abattre quelques zombies jamais vraiment dangereux. Quoi que classique, tout l’intérêt du film réside dans son approche des interactions entre les personnages et de leur psychologie, le réalisateur jouant tout au long du film avec les pensées de Jillian. A ce titre, Reese Eveneshen a eu la judicieuse idée de filmer des interviews des membres de la DeadHeads par le biais de la caméra de Jillian ce qui permet d’accroître le réalisme de leur témoignage et donc leur impact sur la jeune femme. Chacun leur tour, ils expliquent les raisons pour lesquelles ils ont rejoint les Deadheads et racontent leur histoire. Face à la sincérité de ces témoignages, Jillian se met à éprouver de l’affection pour les Deadheads et commence à mesurer la fragilité de leurs émotions.

Dead Genesis

Toutefois, la redondance de certains témoignages et leur enchaînement font que le film connaît un creux vers son milieu. Certes les propos tenus dans les interviews ne sont pas inintéressants et sont souvent touchants, mais il est dommage que cela soit au détriment du rythme et qu’il faille attendre si longuement les premiers revirement psychologiques de Jillian pour que les choses bougent à nouveau. Jamais dans la démesure, Reese Eveneshen parvient à recréer du rythme dans la suite du film en confrontant son héroïne à des situations de plus en plus dures psychologiquement. Toutes ses illusions volant en éclat quand elle découvre que ces hommes prennent plaisir à tuer des zombies et que certains vont jusqu’à en utiliser comme objet sexuel. La frontière entre le bien et le mal est devenue intangible et Jillian ne sait plus quoi penser.

Quant au niveau technique, autant dire que Dead Genesis s’en sort plutôt pas mal avec un budget de 15.000$. L’image est propre et les couleurs vives et claire créent une ambiance en parfait accord avec l’histoire. On ne peut que regretter que les maquillages des zombies ne soient pas toujours réussis même si l’essai est honorable.

Dead Genesis n’est donc pas le film du siècle et ne révolutionne pas le genre. Mais la qualité de son approche des relations humaines et ses 10 premières minutes enchanteresses font qu’on vous le recommande malgré le temps mort qui sévit au milieu du long-métrage.

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